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02-12-2014  

De tous temps, l'homme a rêvé sa ville idéale

Source: Villes-en-France.org .

De tous temps, l'homme a rêvé sa ville idéale. Parcourons ensemble ce chemin tantôt imaginaire,  tantôt réel.  29/05/2002

 

Que veulent les utopistes ? notre bonheur ? la plupart estiment qu'une ville idéale (du latin : idealis) est surtout exempte de conflits; pour cela, il faut éteindre à la fois les désirs et les souffrances grâce à la mise à disposition de tout ce qui est nécessaire, mais également par une répartition des espaces, biens et fonctions selon des normes mathématiques, donc indiscutables. Depuis les temps modernes, la chimie s'est révélée bien plus efficace pour annihiler les pulsions. Dommage pour le rêve. Heureusement, on ne peut arrêter ni les rêveurs, ni les poètes.

- 3.000 ans avant JC

Le mythe le plus fameux est celui de la Tour de Babel ("porte de Dieu"), que l'on situe à Babylone (Irak). Cela aurait été en fait une pyramide à degrés de 90 m (ziggourat de 7 étages) et ses jardins suspendus, dédiée au Dieu Mardouk.
Selon la Bible, ce serait la première ville véritable.
Le mythe de BABEL est décrit dans la Genèse (Bible) : Les hommes se dirent "Bâtissons-nous une ville et une tour dont le sommet soit dans les cieux" ... mais "Yahvé les dispersa, de là, à la surface de toute la terre, et ils cessèrent de bâtir la ville". 

V ème siècle avant JC

  • HIPPODAMOS de Milet, philosophe architecte, invente la ville idéale, "mathématique", peuplée de 10.000 habitants, répartis en 3 classes (guerriers, artisans, agriculteurs), implantée sur in territoire divisé en 3 secteurs, régie par des lois classées par 3 (incriminations). Les rues se croisent à angle droit, selon le "plan en échiquier", dit aussi hyppodamique ou milésien, concept géométrique, mais également politique.

  • PLATON (428-348) a un concept plus géométrique, moral (une cité saine) et politique, "l'Atlantide", dans "La République". La ville doit être pensée, organisée et limitée dans son développement afin de garder sa cohésion. C'est aussi une ville de citoyens responsables. PLATON invente le concept de la "cité idéale", destinée à produire du bonheur, qui prendra de plus en plus d'importance avec le temps. Elle inspirera Thomas MOORE.
    "Jamais un Etat ne connaîtra le bonheur si le dessin n'a pas été tracé par les artistes ayant adopté le divin comme modèle".

  • ARISTOPHANE est un auteur comique contre-utopiste. Dans "Les oiseaux" (-414) il invente "Coucouville-les-Nuées", construite par des oiseaux, anti-géométrique et flottante dans le ciel, où les valeurs sont inverses de celles des humains.

Empire Romain

  • VITRUVE (Marcus Vitruvius Pollio), architecte romain du 1er siècle avant JC, nous livre avec "De architectura" un traité complet sur l'urbanisme en 10 livres (le seul traité d'architecture qui nous soit parvenu de l'antiquité). Chaque projet architectural doit faire l'objet d'une étude très approfondie et respecter des règles précises, afin que la ville soit esthétique et saine.

XVème siècle

  • ALBERTI, architecte florentin et urbaniste, présente, dans "De re aedificatoria" sa ville idéale, très marquée par l'Antiquité (inspiration platonicienne), par la praticité et par l'aspect esthétique. L'organisation des voies de communication se joue entre des voies principales rectilignes (à la HAUSSMANN pourrait-on dire) et des ruelles sinueuses dans lesquelles il est agréable de flâner.

  • FILARETE, architecte florentin et urbaniste, propose dans son "Traité d'architecture" sa ville idéale nommée "Sforzinda" (du nom de son protecteur, François SFORZA, duc de Milan) organisée concentriquement dans une étoile à 8 branches, cernée par une rue annulaire; 16 rues convergent vers la place centrale avec son palais


Vinci

  • Francesco Di Giorgio MARTINI (1439-1501), artiste et ingénieur de Sienne, propose dans son "Traité d'architecture civile et militaire" sa ville idéale inspirée de FILARETE dans certains cas, mais devant toujours s'adapter à la configuration du site et du terrain.

  • Léonard DE VINCI, le génial inventeur, a conçu une ville à deux niveaux : le niveau supérieur est réservé aux "personnes de qualité", qui peuvent ainsi jouir du confort et de la salubrité, le niveau inférieur est celui du peuple, du trafic des véhicules et des commodités. Devinez à quel niveau Léonard souhaite habiter ?

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XV ème siècle

  • Thomas MORE, chancelier anglais né en 1478, crée le concept d'utopie.
    Dans "Utopie" (en latin : qui n'a pas de lieu), roman politique écrit en latin (1515-16), il invente une société agricole idéale, harmonieuse et juste, mais très organisée, composée de 54 villes bâties sur un plan identique, sur une île inconnue. "Qui connait une ville, les connait toutes".

XVI ème siècle

  • RABELAIS crée en 1534 la première anti-utopie avec son Abbaye de Thélème.
    Avec sa fameuse devise : "Fais ce que voudras". (illustration ci-jointe de Gustave DORÉ)
    "Toute leur vie était employée, non d'après les lois, statuts ou règles, mais selon leur volonté et leur libre arbitre. Ils se levaient du lit quand bon leur semblait, buvaient, mangeaient, travaillaient, dormaient quand ils en éprouvaient le désir."
    Par contre, la conception architecturale reste dans le classique : "le bâtiment fut hexagone : à chaque angle était bâtie une grosse tour ronde d'un diamètre de soixante pas. Elles étaient toutes égales en grosseur et l'architecture en était la même", avec toutefois un brin de fantaisie : "neuf mille trois cent trente deux chambres, avec chacune une arrière-chambre, un cabinet, une garde-robe, une chapelle et une issue dans la grande salle"

XVII-XVIII ème siècles

Cette période connaît un foisonnement d'utopies et la première apparition de concepts utopistes créés par des architectes

  • BALLANCHE, chef de file de l'École de Mystique de Lyon, et sa "ville des expiations", une ville sainte, hiérarchisée à l'image de l'Église catholique. Citations : "il me semble que notre ville régénérera le monde, en régénérant les sociétés humaines usées par les excès de la civilisation". Pour cela, il faut, bien sûr, exclure les indésirables, tels que les poètes et les impies (il fait allusion à Voltaire). En ville haute, on trouve les gouvernants, et la prison; en ville basse, on trouve les citoyens venant faire expiation et se soumettre à la loi. Une ville triste, mais saine.

  • Etienne-Louis BOULLÉE (1728-1799), architecte visionnaire

  • Thomasso CAMPANELLA, moine dominicain, imagine en 1602 la "cité du soleil", bâtie selon des principes cosmiques et mathématiques. Composée de 7 parties, avec 7 zones circulaires concentriques (planètes), avec 4 grandes routes communicantes, 4 portes (aux points cardinaux). Elle est protégée pour des raisons de sécurité et de pureté. Elle est totalement communautaire et dirigée par un prêtre. Elle doit être le reflet de la perfection divine et satisfaire à cette exigence.

  • Gabriel DE FOIGNY (1630-1692), voyageur de l'imaginaire, qui crée dans "La Terre Australe" (1676), où le héros, Jacques SADEUR, découvre un pays où les hommes vivent libres, égaux dans une société sans classes, ni préceptes, ni règles et pratiquent la communauté de biens, où l'on adore un être suprême nommé l'incompréhensible, architecte du monde.

  • François de Salignac de la Mothe FÉNELON (1651-1715), prêtre aristocrate d'origine périgourdine, est considéré comme l'inventeur du système socialiste, dans "Les aventures de Télémaque" (1699), roman pédagogique dans l'esprit de la suite de l'ODYSSÉE d'HOMÈRE, avec le pays de la Bétique, qui "semble avoir conservé les délices de l'âge d'or" : pays fertile, au doux climat, aux habitants simples et heureux, bergers ou laboureurs vivant en autarcie; modèle qui est ensuite reproduit dans la ville imaginaire de Salente, tout le pays d'Ithaque étant devenu une seule ville modèle d'où sont exclus les 2 grands maux : la royauté autoritaire et le luxe.

  • Claude Nicolas LEDOUX (1736-1806), architecte, protégé de Mme. DU BARRY, présente sa ville idéale dans "L'architecture considérée sous le rapport de l'art, des mœurs et de la législation" (1804), aboutissement de sa recherche depuis 1774 à la saline de Chaux. Sa ville préfigure les zones résidentielles du XX ème siècle : verdure, lumière, jardins, maisons isolées, dimensions restreintes, avec un aspect "moralisateur" incarné par les édifices publics tels que : le "Pacifère" (chambre d'arbitrage), la "Maison d'Union" (sorte d'ancêtre de la Maison de Quartier du XX ème siècle).

  • Louis Sébastien MERCIER, prône une utopie réaliste dans son An 2440, première utopie offrant une perspective de réalisation à terme.

  • Jonathan SWIFT, anglo-irlandais (1667-1745) crée le concept de l'île de Laputa dans les "Voyages de Gulliver". Une anti-utopie pessimiste.

  • Denis VEIRAS (1635-1685), auteur de "l'histoire des Sévarambes" (1677), où le capitaine Siden, naufragé, découvre une île où l'on pratique : égalité des citoyens, communauté de biens, travail obligatoire pour tous, une religion naturelle sans mystères ni miracles, la liberté de conscience, le divorce, ... une critique de la société et une satire anticléricale.

XIX siècle

Charles Fourier

FOURIER Charles (1772-1837) (photo) théoricien socialiste français, et ses "phalanstères", lieux d'habitat et de travail, regroupant très exactement 810 hommes et 810 femmes au sein de coopératives de production et de consommation, décrits dans "Le nouveau monde industriel et sociétaire (1829)". Le phalanstère regroupe des rues avec galeries couvertes (préfiguration du centre commercial ?).
Cette utopie trouvera une application dans le "Familistère" construit à Guise par GODIN
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Familistère de Guise

GODIN Jean-Baptiste André et son "Familistère", construit à Guise (Picardie) en 1861, "cité-ouvrière" de 1.500 personnes. Sorte de phalanstère perfectionné avec habitat, commerces, loisirs, entreprises.

"Nous avons voulu mettre la demeure de l'ouvrier dans un palais .. c'est le palais social de l'avenir".

HOWARD, urbaniste anglais, et sa "cité-jardin" proposée en 1898 dans son livre "To Morrow", comportant une cité de 400 ha, peuplée de 32.000 habitants, ceinturée par une zone agricole de 2.000 ha. La cité comprend des maisons avec jardin (stay british !), des zones commerciales et administratives, ainsi qu'une zone industrielle externe. Innovation importante : pour éviter la spéculation, le sol appartient à la communauté (c'est évidemment l'aspect parfaitement utopiste de ce projet

LEQUEU (1757-1825), architecte

Robida

ROBIDA Albert (1848-1926), dessinateur caricaturiste français, auteur d'albums sur les vieillles villes d'Europe, et ouvrages d'anticipation. Ci-contre, satire de Paris défiguré par son métro.

SORIA Y MATA Arturo (1882), et sa "cité-linéaire" avec sa largeur déterminée et sa longueur infinie.

STÜBEN, dans son ouvrage "Städtebau" (construction des villes, 1880), propose la notion de "ville neuve" (à ne pas confondre avec la notion moyennageuse de "villeneuve") construite à côté de la ville ancienne.

SULLIVAN Louis Henry (1856-1924), architecte américain, école de Chicago, crée le "gratte-ciel", avec le Home Life Building de 11 étages créé en 1880

LE CORBUSIER Charles-Edouard (1887-1965), né JEANNERET-GRIS, architecte urbaniste, peintre, décorateur et écrivain suisse, naturalisé français. Inventeur de concepts qu'il défend dans l'Esprit nouveau, dont une ville de 3 millions d'habitants (plan Voisin pour Paris, 1925). Préconisateur de l'habitat vertical, la "machine à habiter", l'"unité d'habitation", le "Modulor". Connu du grand public pour la "maison du fada" à Marseille (voir le reportage).

XXème siècle

  • Le groupe ARCHIGRAM, crée la "plug-in city", la ville que l'on branche comme une lampe

  • Lúcio COSTA, architecte et urbaniste, concepteur de la ville de Brasilia, capitale du Brésil, créée ex-nihilo en 3 ans (1957-1961), une utopie devenue réalité avec ses 400.000 habitants à la fin du XXème siècle.

  • R. Buckminster FULLER, américain, crée la "Dymaxion House", reliée à un mât métallique où se trouvent les services

  • Aldous HUXLEY (1894-1963), dans "Le Meilleur des Mondes", 1932, a presque créé un paradis (?): contrôle génétique, liberté sexuelle, lutte contre le vieillissement, société des loisirs ... mais aussi division de la société en castes, ce en quoi il s'est heureusement trompé. 

  • Walter JONAS , crée la "ville entonnoir".

  • Georgii KRUTIKOV, russe, 1928, avec sa "ville volante". Elle comprend un élément volant avec les habitations, et un élément fixe avec l'industrie et les activités (tourisme, loisirs). La conception privilégie un habitat aéré et lumineux, mais impose des contraintes de séparation des espaces spécialisés.

  • Mc LAUGHLIN , crée une "motohome"

  • LAVINSKY, 1921, avec sa "ville sur ressorts"

  • Alberto MAGNAGHI , urbaniste italien, crée, dans son livre "Le Projet Local", 2000, "Insurgens City", une utopie concrète : un réseau de villes autonomes, reliées entre elles par de nouveaux réseaux civiques reliant les citoyens, et pronant un développement durable écologique et sociologique

  • William McDONOUGH, architecte designer américain construit des structures de vie écologiques pour des personnes qui travaillent, crée des usines et des immeubles "efficaces".

  • Oscar NIEMEYER (né en 1907), architecte et urbaniste brésilien, a réalisé les monuments jalonnant la ville de Brasilia.

  • Nicolas SCHÖFFER , crée la "ville cybernétique".

  • Frank Lloyd WRIGHT (1867-1959), architecte américain qui lança la mode du verre et du béton. Réalisateur du musée Gugghenheim (1943).

Ville sur ressorts

Ville volante
Krutlov1928

 

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