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Mise à jour : 10-01-2017  

Culte du Travail et Oisiveté - Fin du travail

 

Habiter autrement c'est aussi s'occuper plus de soi et passer plus de temps à des activités sociales. Cela implique une remise en question de la notion du travail et l'éloge de l'oisiveté ou de la paresse.

 

>> Vive la paresse
>> Le culte du travail 2014

>> La fin du travail
>> Eloge et oisiveté de Bertrand Russel - 1932

 

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> Éloge de l'oisiveté (titre original : In Praise of Idleness) est un essai de Bertrand Russell, publié pour la première fois en 1932 dans Review of Reviews
https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89loge_de_l%27oisivet%C3%A9
> Le Droit à la paresse, ouvrage de Paul Lafargue, paru en 1880 et puis en 1883 en nouvelle édition1, est un manifeste social qui centre son propos sur la « valeur travail» et l'idée que les humains s'en font. Texte classique, très riche historiquement — il propose une monographie sociale, économique et intellectuelle et analyse les structures mentales collectives du xixe siècle —, Le Droit à la paresse démythifie le travail et son statut de valeur
https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Droit_%C3%A0_la_paresse
> L'Oisiveté, lettre philosophique de Sénèque
> Une apologie des oisifs, Robert Louis Stevenson (1877)
> La Paresse comme vérité effective de l'homme, Kazimir Malevitch (fév. 1921)
> L'Apologie de la paresse, Clément Pansaers (1921)


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Vive la paresse

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La paresse, c'est faire un truc quand on est obligé de faire autre chose (genre aller travailler). Travailler, c'est vendre son temps, c'est renoncer (volontairement ou non) à transformer son temps en bonheur en tranches.
Quoi de plus précieux que notre temps, de quel droit nous vole-t-on ce bonheur potentiel, pourquoi est-on obligé de fuir son lit, ses ami-e-s, ses amant-e-s, ses livres, ses salles de concert et de cinéma, ses guitares, ses chansons, sa cuisine, son sommeil, ses rêves… ? Parce qu'on (?) a réussi à diviser tellement le travail de production indispensable (bouffe, matelas, tabac, électricité pour lire le soir et écouter des trucs déments…) que personne n'est capable de s'autogérer totalement. On a délégué à mort les travaux qui permettent l'autonomie, et on est embarqué dans un système où le moindre truc qu'on achète oblige quelqu'un à travailler comme un abruti pendant trop de temps. Et on l'empêche de rester au lit, d'aller dans son jardin, sur les chemins qui sentent la noisette ou autre chose, à la plage, à la montagne, chez des ami-e-s ou ailleurs.

Peut-être qu'un jour, on décidera qu'on arrête, qu'on n'y va plus et qu'on fait l'An 01 et ce sera la fête parce que le travail sera interdit, en attendant, on peut commencer à cultiver son jardin, prendre son vélo parce que chauffeur de bus ça doit être super chiant comme métier et aussi parce que la voiture, ça tue, ça pollue et ça rend con (surtout le katkat), on peut aussi arrêter d'acheter des conneries qui ne servent à rien, refuser d'acheter les trucs dans lesquels il y a un cadeau bonus parce qu'on peut être sûr que ça a été fabriqué dans des conditions pas drôles, on peut faire du sport pieds nus (ou ne plus en faire du tout et voir ses amant-e-s à la place) parce qu'aucune fabrique de baskets ne peut se vanter de respecter les droits de ses trop jeunes ouvriers, on peut monter des associations en attendant, mais pas trop longtemps.
http://revolution-lente.coerrance.org/paresse.php
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La paresse comme vérité effective de l’homme de Kazimir Malevitch Peintre, dessinateur, sculpteur et théoricien russe, créateur d'un courant artistique qu'il dénomma « suprématisme ».
http://classiques.uqac.ca/classiques/malevitch_kasimir/

L'Art de l'oisiveté – 2007 de Hermann Hesse - Ces propos rédigés au gré des circonstances dans un style un peu léger, souvent teinté d’ironie, possèdent une signification commune: ils combattent cette religion à la mode qui, en Europe comme en Amérique, glorifie l’homme moderne souverain, auteur de tant de réussites…
La paresse – 2013 de Joseph Kessel ...dans ce court texte, entreprend un tour du monde de la notion de paresse, invoquant les souvenirs de ses nombreux voyages. D'est en ouest, de la Russie à la Chine, en passant par la France et les États-Unis, il dresse le portrait de ce qui n'est pas à ses yeux un défaut mais bien un instrument de la volupté
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Le culte du travail 2014
Ne serait-il pas judicieux, après 40 ans d'échec, d'envisager la problématique sous un angle nouveau ? Ne faut-il pas ré-envisager les fondements mêmes de ce qu'on appelle "travail" ?
http://www.agoravox.fr/actualites/societe/article/le-culte-du-travail-153270

Vidéos :
Mondialisation : Le travail, pourquoi ? 1/2
https://www.youtube.com/watch?v=e6NbIiRlTN8
Mondialisation : Le travail, pourquoi ? 2/2 - Changer le monde, changer soi-même
https://www.youtube.com/watch?v=rDaUOcQFxzA
Film "De la servitude moderne": L'objectif central de ce film est de mettre à jour la condition de l'esclave moderne dans le cadre du système totalitaire marchand et de rendre visible les formes de mystification qui occultent cette condition servile. Il a été fait dans le seul but d'attaquer frontalement l'organisation dominante du monde.
https://www.youtube.com/watch?v=e5LcXFXgqw0

Depuis la fin des Trente Glorieuses, un chômage structurel s'est implanté dans les pays développés. A l'heure où j'écris ces lignes, le taux de chômage avoisine les 10% en France, et est en constante progression ; d'ailleurs, la méthode de calcul étant biaisée, ce chiffre est en réalité plus élevé. Depuis des décennies, des gouvernements se succèdent, de droite comme de gauche, sans jamais parvenir à enrayer cette irrésistible ascension de ce qui est présenté comme le mal principal de nos sociétés. Les hommes politiques expliquent qu'il faut créer de l'emploi, et ce en favorisant l'innovation, la création d'entreprises, et l'embauche. Mais ne serait-il pas judicieux, après 40 ans d'échec, d'envisager la problématique sous un angle nouveau ? Ne faut-il pas ré-envisager les fondements mêmes de ce qu'on appelle "travail" ?

La première chose à prendre en considération est la suivante : de toutes les années de la longue chronologie de l'histoire de l'humanité, les cent dernières sont celles où on travaille le plus. Des scientifiques ont pu démontrer que pendant la préhistoire, trois ou quatre heures "d'efforts physiques" par jour suffisaient à un individu et au groupe pour subsister (cueillette, chasse, confection d'outils, etc.). Pendant l'Antiquité, le travail était méprisé. Dans la cité de Sparte, par exemple, les citoyens ne travaillaient tout simplement pas. Les travaux agricoles étaient assurés par les hilotes, des sortes d'esclaves appartenant à la cité ; les citoyens, eux, consacraient leur vie à la guerre et à la politique. La sacralisation du travail a en réalité commencé au Moyen-âge, avec l'idéologie chrétienne. Mais, pendant cette période très marquée par la religion, près de la moitié des jours de l'année étaient chômés ou partiellement chômés. A l'époque moderne, et avec la découverte de l'Amérique, les métaux précieux affluent en grandes quantités vers l'Espagne et le Portugal. Certains se sont alors largement enrichis, et le travail retrouva sa connotation négative dans la société : être obligé de travailler pour vivre signifiait avoir raté sa vie. Le grand changement de paradigme, paradigme qui est le même aujourd'hui, quoique ayant quelque peu muté, se situe au XVIIIe siècle, et surtout au XIXe, au moment de la révolution industrielle. La noblesse, toujours présente, a perdu ses privilèges de naissance, tandis que la bourgeoisie se hisse au sommet de la société. L'argent est devenu l'indicateur de la réussite sociale : plus on est riche, plus on a réussi. Le profit est devenu l'unique objectif des bourgeois ; l'essence même de leur condition veut qu'ils essaient d'être toujours plus fortunés. Et pour être plus fortuné, il faut vendre plus, et donc produire plus. Et pour produire plus, les bourgeois comptaient sur le labeur des ouvriers. Nous connaissons tous les conditions de travail au XIXe siècle : des journées de 12 heures, des enfants à l'usine ou dans les mines, pas de congé, pas de jour non-travaillé, et des salaires dérisoires. Pour parvenir à faire accepter cette pseudo-nécessité, le fait de devoir passer sa vie à travailler dans des conditions déplorables, les élites ont créé le culte du travail. Le travail est devenu libérateur, le moyen pour l'homme de s'accomplir, et d'un jour, s'il bosse assez dur, accéder à l'étroite caste de la bourgeoisie capitaliste (vous noterez au passage que les bourgeois, ce sont ceux qui vivent dans l'opulence sans avoir besoin de travailler). Ce culte, on le retrouvait tout particulièrement chez les nazis : à l'entrée des camps de concentration était inscrite la formule "Le travail rend libre".

En réaction à ce nouveau paradigme, des voix dissonantes se sont fait entendre : Marx, Proudhon, et d'autres, proposèrent une critique de la société capitaliste, des critiques cristallisées dans des syndicats et dans des partis politiques. Les capitalistes ont évidemment tout fait pour étouffer ces alternatives, si bien qu'aucune d'entre elle n'a pu être menée à bien. En France, la Commune de Paris fut proche du succès, mais finalement violemment réprimée pendant la semaine sanglante, qui fit des milliers de morts. Malgré ces échecs systématiques dans les tentatives de changement de modèle économique et social, il y eut des conquêtes : la journée de huit heures, la semaine de six jours, l'interdiction du travail des enfants, ou encore les congés payés. La journée de huit heures, par exemple, était une revendication ancienne des travailleurs ("Huit heures de travail, huit heures de sommeil, huit heures de loisirs"), mais celle-ci fut longtemps considérée comme utopique par les bourgeois qui expliquaient qu'une baisse du temps de travail provoquerait l'effondrement de la production. Finalement, cette journée de huit heures fut bien mise en place en 1919, et ne posa pas de problème. La raison en est simple : plus les technologies sont performantes, moins le travail humain devient nécessaire. C'est exactement le même problème aujourd'hui.

Toute la problématique du chômage structurel tient dans son nom : il est structurel, c'est à dire normal, logique. Il faut retourner la question : le problème n'est pas qu'il y a trop de chômeurs, mais bien qu'il n'y a pas assez d'emplois. C'est un fait : il n'y a pas assez d'emplois pour toute la population française (et c'est la même chose dans les autres pays). D'où vient cette pénurie de travail ? De la révolution industrielle, qui est d'abord une révolution technologique. Et nous sommes toujours dans cette phase de progrès techniques. Les capitalistes, dans leur souci de maximisation des profits, ont mis en place des machines, des robots, des outils plus performants que l'Homme pour diverses tâches. Par exemple, aujourd'hui, il existe des caisses automatiques dans les supermarchés, qui nécessitent un agent pour quatre caisses, alors qu'avant il fallait un caissier par caisse : le travail diminue, les machines nous remplacent pour des tâches de plus en plus nombreuses, et ce phénomène est exponentiel. La baisse constante et profonde des emplois en France depuis presque un demi-siècle devrait pourtant nous ouvrir les yeux : le travail se meurt, et le chômage n'est pas une anomalie, mais un symptôme de l'évolution naturelle apportée par la technologie. Nous sommes à l'aube de l'obsolescence du travail humain. Si le chômage augmente, c'est parce que les robots, l'informatique, etc., sont de plus en plus performants, et dépassent parfois les compétences humaines. Le patron qui constate qu'une machine produit à elle seule autant que 50 ouvriers n'hésitera pas une seconde : il installera cette machine et se débarrassera de ses ouvriers. Ce phénomène existe depuis le XIXe siècle : il était fréquent de voir les ouvriers détruire les machines qui les remplaçaient (luddisme), accusant la technologie de leur voler leur travail. Aujourd'hui, c'est toujours la même chose.

Le chômage a augmenté en même temps que la technologie s'est modernisée, mais cette réalité est masquée par ce qu'on peut appeler les "jobs à la con" : des jobs sans aucun intérêt qui n'ont pour finalité que de maintenir l'illusion d'une activité intense dans la société (http://www.liberation.fr/societe/2013/08/28/y-a-t-il-un-phenomene-des-jo...(link is external)). Déjà au XIXe siècle, face à la montée du chômage, le gouvernement avait créé les ateliers nationaux : en échange d'un salaire dérisoire, les ouvriers au chômage effectuaient des travaux inutiles. Ces ateliers existaient dans le seul but de maintenir les chômeurs actifs. C'est un peu ce qu'on fait aujourd'hui, dans le but de maintenir un chômage fort, mais stable. Car en réalité, le chômage est quelque chose de voulu, il est nécessaire au capitalisme. Le culte de la valeur travail (qui ne date, comme je le disais, que du XIXe siècle), fait qu'un chômeur est dans une situation anormale qu'il a vocation à résoudre par la recherche active d'un emploi. Les chômeurs sont culpabilisés pour deux raisons : d'un côté pour que les travailleurs chérissent leur emploi, et travaillent le mieux possible pour le conserver, de l'autre pour que les chômeurs, ayant besoin de travailler pour survivre, soient immédiatement disponibles quand le capital décide de les employer (et ce même si c'est pour un travail dur, précaire, et mal payé). Voilà l'utilité du chômage, voilà pourquoi on ne veut pas le résoudre : les politiques ne font rien pour le chômage, présentent seulement quelques fausses mesures qui ne l'influencent pas, mais qui donnent l'impression que le gouvernement le combat activement. Tout se joue sur de microscopiques variations : si le chômage baisse de 0,1%, le gouvernement sera triomphant ; s'il augmente de 0,1%, c'est un échec. Pourtant, regardons la réalité en face : le gouvernement n'y est pour rien, ce sont juste d'infimes variations du marché du travail tout à fait normales.

La seule solution juste est le partage du travail restant. Au lieu de maintenir une frange de la population dans l'exclusion sociale, jalousant le labeur des autres, le tout pour la pérennité d'un système qui n'arrange qu'une poignée d'inactifs, des vrais, c'est à dire les possédants, il est urgent de rééquilibrer la balance pour assainir la société toute entière. Il faut tendre vers l'abolition du travail, évidement de manière progressive. Cette question de la diminution du temps de travail est presque absente des débats, même chez les partis les plus à gauche. Le plus souvent, on revendique une hausse de salaire, sans jamais évoquer la question centrale du temps. Pourtant, réduire le travail de quelques heures par semaines, à salaire égal, de manière à assurer un plein emploi, permettrait de sortir les chômeurs de l'exclusion, de rendre le travail plus humain, et de donner du temps aux gens pour s'occuper de leur vie, parce que le travail n'est pas la vie. Le travail permet de gagner sa vie, certes, mais ne doit pas en être la composante principale. Ce temps libéré favoriserait le milieu associatif, l'implication citoyenne dans les affaires publiques, et tout simplement, cela permettrait de prendre du temps pour soi, pour ce qu'on aime et pour ceux qu'on aime. Baisser, puis à long terme supprimer le travail favoriserait la démocratie, la vraie. Les élites disposent de diverses stratégies afin de détourner les peuples des affaires politiques, notamment par l’utilisation d’un jargon très technique. Mais la plus efficace de ces stratégies est sans doute le travail. Sept ou huit heures par jour, cinq jours sur sept, quarante-sept semaines par ans et ce pendant plus de quarante ans, l’individu sera en train de travailler. Il effectuera le plus souvent des tâches pénibles, répétitives, inintéressantes, qui lui demanderont néanmoins toute son attention. Dans ses rares moments de temps-libre, le travailleur veut profiter au maximum de sa prétendue liberté, et ne va donc que rarement s’intéresser au sujet, présenté comme rasoir, qu’est la politique – ou en tout cas, il l’abordera rarement en profondeur. Vous noterez que j’ai parlé de « temps-libre », mot utilisé pour désigner le temps entre deux journées de travail. Cela signifie que dans la vie, l’anomalie n’est pas le travail, mais bien la maigre liberté dont on peut occasionnellement jouir entre deux journées à l'usine ou ailleurs. Le vocabulaire de la société capitaliste est finalement très proche de celui de l’univers carcéral, et la raison en est très simple : le travail s'apparente à une prison, la seule différence étant qu'on a, en théorie, le droit de choisir son geôlier.

L’abaissement du temps de travail n’est donc pas seulement une proposition économique : elle est éminemment sociale et politique, elle est un vœu de démocratie réelle. C’est un choix de civilisation qui conditionnera l’évolution de l’humanité toute entière, et qui est à mettre en relation avec une question bien plus large, qui est au fondement même du problème : ce millénaire sera-t-il celui de l’humain, ou de l'argent?
 

Pour creuser un peu plus sur le sujet: lire les débats et conférences de Paul Ariès, facilement trouvables sur Internet + les deux vidéos de Mr Mondialisation, "Le travail, pourquoi ?", ainsi que sur le film "De la servitude moderne"

 

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La fin du travail 

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La fin du travail, vraiment ?

Et si on envisageait que notre plus grand espoir serait de mettre fin au marché du travail ?

Humans Need Not Apply
https://www.youtube.com/watch?v=7Pq-S557XQU

A renaissance - the coming end of human work - Kevin Surace -TEDxOrangeCoast
https://www.youtube.com/watch?v=CNF9U_Bvo50
A world without work: Nigel Cameron at TEDxLacador
https://www.youtube.com/watch?v=csnxJFQw98k

The future we share :
It's the end of the world as we know it (and I feel fine) - Daniel Gilbert - TEDxAcademy

 Harvard professor of psychology, author of the international bestseller Stumbling on Happiness which won the 2007 Royal Society Prizes for Science Books
http://www.tedxacademy.com/talks/daniel-gilbert


Mort du travail : vive les robots ? Imaginons le monde peut-être utopique de demain, abondant mais sans travail. Pourrions-nous y perdre quelque chose ? Serons-nous plus heureux ou moins humains?
https://www.youtube.com/watch?v=qTYOUv72VEA
Pourquoi votre travail va disparaître ? (3/5)
https://www.youtube.com/watch?v=a1enCW-Bulk

R.E.M. - The End Of The World As We Know It (And I Feel Fine)
https://www.youtube.com/watch?v=Z0GFRcFm-aY
R.E.M. - Losing My Religion
https://www.youtube.com/watch?v=xwtdhWltSIg

Pink Floyd - Another Brick In The Wall
https://www.youtube.com/watch?v=YR5ApYxkU-U
Pink Floyd - Another Brick In The Wall (full version!)
https://www.youtube.com/watch?v=cXgdMmYG8aU

... et alors ? S'y préparer ?

VIVRE AUTREMENT

Ces français qui ne veulent plus consommer
https://www.youtube.com/watch?v=_INOPfPdhB4
Ecolo, pas cher : ils réinventent la vie
https://www.youtube.com/watch?v=muu3zMuGAio
Une vie sans déchets : la famille Zéro Déchet
https://www.youtube.com/watch?v=nIEHVB7tOWY
Le Potager du Paresseux : le 1er janvier, sous le gel
https://www.youtube.com/watch?v=Ap2QLtrJwNo
http://www.econologie.com/

 

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Eloge et oisiveté de Bertrand Russel
D’après la traduction de Michel Parmentier)
Ce livret est gratuit ! Fais le tourner sans pitié !
Un dossier Esprit68: http://www.esprit68.org/

Sur Bertrand Russel :
Bertrand Russel, 1872-1970, mathématicien, logicien, philosophe, épistémologue, homme politique et moraliste britannique est un digne représentant de la philosophie analytique, considéré avec Gottlob Frege, et Alfred North Whitehead comme l'un des fondateurs de la logique contemporaine. Il reçut par ailleurs le prix Nobel de littérature en 1950. …. Suite à la fin du document

Source: Éloge de l'oisiveté (titre original : In Praise of Idleness) est un essai de Bertrand Russell, publié pour la première fois en 1932 dans Review of Reviews. Sa longueur est à la mesure du sujet traité ; en effet le texte ne compte que 5 026 mots dans sa version originale
https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89loge_de_l%27oisivet%C3%A9

L'idée principale est que l'homme observe un culte non raisonnable du travail qui l'amène à travailler toujours plus, ce à quoi il faudrait mettre un terme.

 

Russell défend cette thèse par deux arguments principaux :
>> le premier est que la valeur du travail est un préjugé moral des classes privilégiées qui estiment que l'absence d'activité conduirait la plupart des hommes, surtout ceux des classes les plus pauvres, au désœuvrement et à la dépravation. En conséquence, il serait dans l'intérêt des hommes d'être exploités ;
>> le second est que la production industrielle est aujourd'hui suffisante pour assurer, avec un minimum de travail, les besoins de tous les êtres humains. La rationalisation de la production en temps de guerre a démontré qu'un petit nombre de personnes peut produire le nécessaire pour toute une population. À plus forte raison, si ce travail est partagé par toute la population, il s’ensuit qu'un individu n'a pas besoin de travailler beaucoup pour produire les ressources indispensables à la vie, et même le superflu.
Russell affirme en conséquence que quatre heures de travail par jour suffiraient à faire vivre toute la population dans un confort suffisant tandis que le reste du temps serait consacré au loisir, à l'oisiveté. La conception du loisir ou de l'oisiveté chez Russell se rapproche de l'otium latin loué par Sénèque. Ce loisir serait consacré à toutes les formes de cultures (des plus populaires aux plus intellectuelles) dont la pratique serait encouragée par une éducation libérée.
D'autres thèmes connexes affleurent dans le livre : le pacifisme, la politique (que Russell tourne en dérision), la dénonciation des propriétaires fonciers qui vivent dans l'oisiveté aux dépens des autres, la dénonciation du régime soviétique, qui obéit aussi au dogme du travail et cela de manière autoritaire, le culte de l'efficacité, le problème de l'enfermement des intellectuels dans leur sphère, éloignés de la réalité du travailleur et de l'éloignement du travailleur du bon loisir (celui non passif et enrichissant la civilisation).
La notion de congés non plus en tant que simple récupération nécessaire au corps, mais comme occasion de découvrir de nouvelles expériences de vie est également présente, avec trente ans d'avance sur ce que l'on nommera plus tard la « civilisation des loisirs ».
Notons que Russell reprend l'exemple de la fabrique d'épingles d'Adam Smith avec un brin de moquerie.

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Éloge de l'oisiveté

Ainsi que la plupart des gens de ma génération, j'ai été élevé selon le principe que l'oisiveté est mère de tous vices. Comme j'étais un enfant pétris de vertu, je croyais tout ce qu'on me disait, et je me suis ainsi doté d'une conscience qui m'a contraint à peiner au travail toute ma vie. Cependant, si mes actions ont toujours été soumises à ma conscience, mes idées, en revanche, ont subi une révolution. En effet, j'en suis venu à penser que l'on travaille beaucoup trop de par le monde, que de voir dans le travail une vertu cause un tort immense, et qu'il importe à présent de faire valoir dans les pays industrialisés un point de vue qui diffère radicalement des préceptes traditionnels. Tout le monde connaît l'histoire du voyageur qui, à Naples, vit 12 mendiants étendus au soleil (c'était avant Mussolini), et proposa une lire à celui qui se montrerait le plus paresseux. 11 d'entre eux bondirent pour venir la lui réclamer : il la donna donc au 12ième. Ce voyageur était sur la bonne piste.

Toutefois, dans les contrées qui ne bénéficient pas du soleil méditerranéen, l'oisiveté est chose plus difficile, et il faudra faire beaucoup de propagande auprès du public pour l'encourager à la cultiver.

J'espère qu'après avoir lu les pages qui suivent, les dirigeants du YMCA lanceront une campagne afin d'inciter les jeunes gens honnêtes à ne rien faire, auquel cas je n'aurais pas vécu en vain.

Avant d'exposer mes arguments en faveur de la paresse, il faut que je réfute un raisonnement que je ne saurais accepter. Quand quelqu'un qui a déjà suffisamment d'argent pour vivre, envisage de prendre un emploi ordinaire, d'enseignants ou de dactylos par exemple, on lui dit que cela revient à ôter le pain de la bouche à quelqu'un d'autre et que c'est donc mal faire. Si ce raisonnement était valide, nous n'aurions tous qu’à demeurer oisifs pour avoir du pain plein la bouche. Ce qu'oublient ceux qui avancent de telles choses, c'est que normalement on dépense ce que l'on gagne, et qu'ainsi on crée de l'emploi. Tant qu'on dépense son revenu, on met autant de pain dans la bouche des autres en dépensant qu'on en retire en gagnant de l'argent. Le vrai coupable, dans cette perspective, c'est l'épargnant. S'il se contente de garder ses économies dans un bas de laine, il est manifeste que celles-ci ne contribuent pas à l'emploi. Si, par contre, il les investit, cela devient plus compliqué, et divers cas se présentent.

L'une des choses les plus banales que l'on puisse faire de ses économies, c'est de les traiter à l'État. Étant donné que le gros des dépenses publiques de la plupart des États civilisés est consacré soit au remboursement des dettes causées par des guerres antérieures, soit à la préparation de guerres à venir, celui qui prête son argent à l'État se met dans une situation similaire à celle des vilains personnages qui, dans les pièces de Shakespeare, engage des assassins. En fin de compte, le produit de son économie sert à accroître les forces armées de l'État auquel il prête ses épargnes. De toute évidence, il vaudrait mieux qu'ils dépensent son pécule, quitte à le jouer ou à le boire.

Mais, me direz-vous, le cas est totalement différent si l'épargne est investie dans des entreprises industrielles. C'est vrai, du moins quand de telles entreprises réussissent et produisent quelque chose d'utile. Cependant, de nos jours, nul ne peut nier que la plupart des entreprises échouent. Ce qui veut dire qu'une grande partie du travail humain aurait pu être consacrée à produire quelque chose d'utile et agréable s'est dissipée dans la fabrication de machines qui, une fois fabriquées, sont restés inutilisées sans profiter à personne. Celui qui investit ses économies dans une entreprise qui fait faillite cause donc du tort aux autres autant qu'à lui-même. Si, par exemple, il dépensait son argent en fêtes pour ses amis, ceux-ci (on peut l'espérer) en retireraient du plaisir, ainsi d'ailleurs que tous ceux chez qui il s'approvisionnerait, comme le boucher, le boulanger et le bootlegger. Mais s'il le dépense, par exemple, pour financer la pose de rails de tramway en un endroit où il n'en a que faire, il a dévié une somme de travail considérable dans des voies où ce travail ne procure de plaisir à personne. Néanmoins, quand la faillite de son investissement l'aura réduit à la pauvreté, on le considérera comme la victime d'un malheur immérité, tandis que le joyeux prodigue, malgré le caractère philanthropique de ses dépenses, sera méprisé pour sa bêtise et sa frivolité.

Tout ceci n'est que préambule. Pour parler sérieusement, ce que je veux dire, c'est que le fait de croire que le TRAVAIL est une vertu est la cause de grands mots dans le monde moderne, et que la voie bonheur et de la prospérité passe par une diminution méthodique du travail.

Et d'abord, qu'est-ce que le travail ?

Il existe deux types de travail : le premier consiste à déplacer une certaine quantité de matière se trouvant à la surface de la terre, ou dans le sol même ; le second, à dire à quelqu'un d'autre de le faire. Le premier type de travail est désagréable et mal payé ; le second est agréable et très bien payé. Le second type de travail peut s'étendre de façon illimitée : il y a non seulement ceux qui donnent des ordres, mais aussi ceux qui donnent des conseils sur le genre d'ordres à donner. Normalement, deux sortes de conseils sont données simultanément par deux groupes organisés : c'est ce qu'on appelle la politique. Il n'est pas nécessaire pour accomplir ce type de travail de posséder des connaissances dans le domaine où l'on dispense des conseils : ce qu'il faut par contre, c'est maîtriser l'art de persuader par la parole et par l'écrit, c'est-à-dire l'art de la publicité.

Partout en Europe, mais pas en Amérique, il existe une troisième classe d'individus, plus respectée que ne l'est aucune des deux autres. Ce sont des gens qui, parce qui possèdent des terres, sont en mesure de faire payer aux autres le privilège d'être autorisés à exister et à travailler. Ces propriétaires fonciers sont des oisifs et on pourrait donc s'attendre à ce que j'en fasse l'éloge.

Malheureusement, leur oisiveté n'est rendue possible que par l'industrie des autres ; en fait, leur désir d'une oisiveté confortable est, d'un point de vue historique, la source même du dogme du travail. La dernière chose qu'ils voudraient serait que d'autres suivent leur exemple.

Depuis le début de la civilisation jusqu'à la Révolution industrielle, en règle générale, un homme ne pouvait guère produire par son labeur plus qu'il ne lui fallait, à lui et à sa famille, pour subsister même si sa femme peinait à la tâche au moins autant que lui, et si ses enfants se joignaient à eux dès qu’ils en étaient capables. Le
peu d'excédent qui restait lorsqu'on avait assuré les choses essentielles de la vie n'était pas conservé par ceux qui l'avaient produit : c'étaient les guerriers et les prêtres se l'appropriaient. Par temps de famine, il n'y avait pas d'excédent, mais les prêtres et les guerriers prélevaient leur dû comme si de rien n'était, en sorte que nombre de travailleurs mourait de faim. C'est le système que connut la Russie jusqu'en 1917 et qui perdure encore en Orient. En Angleterre, malgré la Révolution industrielle, il continua à sévir tout au long des guerres napoléoniennes et jusque dans les années 1830, qui virent la montée d'une nouvelle classe de manufacturiers. En Amérique, il prit fin avec la Révolution, sauf dans le Sud, où il se perpétua jusqu'à la Guerre de Sécession. Un système qui a duré aussi longtemps et qui n'a pris fin que si récemment a naturellement laissé une marque profonde dans les pensées et les opinions des gens.

La plupart de nos convictions quant aux avantages du travail sont issus de ce système : étant donné leurs origines préindustrielles, il est évident que ces idées ne sont pas adaptées au monde moderne. La technique moderne a permis aux loisirs, jusqu'à un certain point, de cesser d'être la prérogative des classes privilégiées minoritaires pour devenir un droit également réparti dans l'ensemble de la collectivité.

La morale du travail est une morale d'esclave, et le monde moderne n'a nul besoin de l'esclavage.

De toute évidence, s'ils avaient été laissés à eux-mêmes, les paysans des collectivités primitives ne se seraient jamais dessaisis du maigre excédent qui devait être consacré à la subsistance des prêtres et des guerriers, mais aurait soit réduit leur production, soit augmenté leur consommation. Au début, c'est par la force brute qu'ils furent contraints de produits ce surplus et de s'en démunir.

Peu à peu cependant, on s'aperçut qu'il était possible de faire accepter à bon nombre d'entre eux une éthique selon laquelle il était de leur devoir de travailler dur, même si une partie de leur travail servait à entretenir d'autres individus dans l'oisiveté. De la sorte, la contrainte à exercer était moindre, et les dépenses du gouvernement en étaient diminuées d'autant. Encore aujourd'hui, 99 % des salariés britanniques seraient véritablement choqués si l'on proposait que le roi ne puisse jouir d'un revenu supérieur à celui d'un travailleur. La notion de devoir, point de vue historique s'entend, fut un moyen qu'ont employé les puissants pour amener les autres à consacrer leur vie aux intérêts de leurs maîtres plutôt qu'aux leurs.

Bien entendu, ceux qui détiennent le pouvoir se masquent cette réalité à eux-mêmes en se persuadant que leurs intérêts coïncident avec ceux de l'humanité tout entière. C'est parfois vrai : les Athéniens qui possédaient des esclaves, par exemple, employèrent une partie de leurs loisirs à apporter à la civilisation une contribution permanente, ce qui aurait été impossible sous un régime économique équitable. Le loisir est indispensable à la civilisation, et, jadis, le loisir d'un petit nombre n'était possible que grâce au labeur du grand nombre. Mais ce labeur avait de la valeur, non parce que le travail est une bonne chose, mais parce que le loisir est une bonne chose. Grâce à la technique moderne, il serait possible de répartir le loisir de façon équitable sans porter préjudice à la civilisation.

La technique moderne a permis de diminuer considérablement la somme de travail requise pour procurer à chacun les choses indispensables à la vie.

La preuve en fut faite durant la guerre. Au cours de celle-ci, tous les hommes mobilisés sous les drapeaux, tous les hommes et toutes les femmes affectés soit à la production de munitions, soit encore à l'espionnage, à la propagande ou à un service administratif relié à la guerre, furent retirés des emplois productifs. Malgré cela, le niveau de bien-être matériel de l'ensemble des travailleurs non spécialisés côté des Alliés était plus élevé qu'il ne l'était auparavant ou qu'il ne l'a été depuis. La portée de ce fait fut occultée par des considérations financières : les emprunts donnèrent l'impression que le futur nourrissait le présent. Bien sûr, c'était là chose impossible : personne ne peut manger un pain qui n'existe pas encore. La guerre a démontré de façon concluante que l'organisation scientifique de la production permet de subvenir aux besoins des populations modernes en n'exploitant qu'une part minime de la capacité de travail du monde actuel. Si, à la fin de la guerre, cette organisation scientifique (laquelle avait été mise au point pour dégager un bon nombre d'hommes afin qu'ils puissent être affectés au combat ou au service des munitions) avait été préservée, et si on avait pu réduire à quatre le nombre d'heures de travail, tout aurait été pour le mieux. Au lieu de quoi, on en est revenu au vieux système chaotique où ceux dont le travail était en demande devaient faire de longues journées tandis qu'on n'abandonnait le reste au chômage et à la faim. Pourquoi ? Parce que le travail est un devoir et que le salaire d'un individu ne doit pas être proportionné à ce qu'il produit, mais proportionné à sa vertu, laquelle se mesure à son industrie.

On reconnaît la morale de l'État esclavagiste, mais s'appliquant cette fois dans des circonstances qui n'ont rien à voir avec celles dans lesquelles celui-ci a pris naissance. Comment s'étonner que le résultat ait été désastreux. Prenons un exemple. Supposons qu'à un moment donné, un certain nombre de gens travaillent à fabriquer des épingles. Ils fabriquent autant d'épingles qu'il en faut dans le monde entier, en travaillant, disons, huit heures par jour. Quelqu'un met au point une invention qui permet au même nombre de personnes de faire deux fois plus d'épingles auparavant. Bien, mais le monde n'a pas besoin de deux fois plus d'épingles : les épingles sont déjà si bon marché qu'on n'en achètera guère davantage même si elles coûtent moins cher. Dans un monde raisonnable, tous ceux qui sont employés dans cette industrie se mettraient à travailler quatre heures par jour plutôt que huit, et tout irait comme avant. Mais dans le monde réel, on craindrait que cela ne démoralise les travailleurs. Les gens continuent donc à travailler huit heures par jour, il y a trop d'épingles, des employeurs font faillite, et la moitié des ouvriers perdent leur emploi. Au bout du compte, la somme de loisirs est la même dans ce cas-ci que dans l'autre, sauf que la moitié des individus concernés en sont réduits à l'oisiveté totale, tandis que l'autre moitié continue à trop travailler. On garantit ainsi que le loisir, par ailleurs inévitable, sera cause de misère pour tout le monde plutôt que d'être une source de bonheur universel.

Peut-on imaginer plus absurde ?

L'idée que les pauvres puissent avoir des loisirs a toujours choqué les riches. En Angleterre, au XIXe siècle, la journée de travail normal était de quinze heures pour les hommes, de douze heures pour les enfants, bien que ces derniers est parfois travaillé quinze heures eux aussi. Quand des fâcheux, des empêcheurs de tourner en rond suggéraient que c'était peut-être trop, ont leur répondait que le travail évitait aux adultes de sombrer dans l'ivrognerie et aux enfants de faire des bêtises. Dans mon enfance, peu après que les travailleurs des villes eurent acquis le droit de vote, un certain nombre de jours fériés furent établis en droit, au grand dam des classes supérieures. Je me rappelle avoir entendu une vieille duchesse qui disait : « Qu'est-ce que les pauvres vont faire avec des congés ? C'est travailler qu'il faut. » De nos jours, les gens sont moins francs, mais conserve les mêmes idées reçues, lesquels sont en grande partie à l'origine de notre confusion dans le domaine économique.

Examinons un instant cette morale du travail de façon franche et dénuée de superstition. Chaque être humain consomme nécessairement au cours de son existence une certaine part de ce qui est produit par le travail humain. Si l'on suppose, comme il est légitime, que le travail est dans l'ensemble désagréable, il est injuste qu'un individu consomme davantage qu'il ne produit. Bien entendu, il peut fournir des services plutôt que des biens de consommation, comme un médecin, par exemple ; mais il faut qu'il fournisse quelque chose en échange du gîte et du couvert. En ce sens, il faut admettre que le travail est un devoir, mais en ce sens seulement.

Je n'insisterai pas sur le fait que dans toutes les sociétés modernes, mis à part l'URSS, beaucoup de gens échappent même à ce minimum de travail, je veux parler de ceux qui reçoivent de l'argent par héritage ou par mariage. Je pense qu'il est beaucoup moins nuisible de permettre à ces gens-là de vivres oisifs que de condamner ceux qui travaillent à se crever à la tâche à crever de faim.

Si le salarié ordinaire travaillait quatre heures par jour, il y aurait assez de tout pour tout le monde, et pas de chômage (en supposant qu'on ait recours à un minimum d'organisation rationnelle). Cette idée choque les nantis parce qu'ils sont convaincus que les pauvres ne sauraient comment utiliser autant de loisirs. En Amérique, les hommes font souvent de longues journées de travail même s'ils sont déjà très à l'aise ; de tels hommes sont naturellement indignés à l'idée que les salariés puissent connaître le loisir, sauf sous la forme d'une rude punition pour s'être retrouvé au chômage. En fait, ils exècrent le loisir, même pour leurs fils. Chose pourtant curieuse, alors qu'ils veulent que leur fils travaille tellement qu'ils n'aient pas le temps d'être civilisés, ça ne les dérange pas que leurs femmes et leurs filles n'aient absolument rien à faire. Dans une société aristocratique, l'admiration snobisme voue à l'inutile s'étend aux deux sexes, alors que, dans une ploutocratie, elle se limite aux femmes, ce qui n'est d'ailleurs pas pour la rendre plus conformes au sens commun.

Le bon usage du loisir, il faut le reconnaître, est le produit de la civilisation et de l'éducation. Un homme qui a fait de longues journées de travail toute sa vie s'ennuiera s'il est soudain livré à l'oisiveté. Mais sans une somme considérable de loisir à sa disposition, un homme n'a pas accès à la plupart des meilleures choses de la vie. Il n'y a plus aucune raison pour que la majeure partie de la population subisse cette privation ; seul un ascétisme irréfléchi, entretient notre obsession du travail excessif à présent que le besoin s'en fait sentir.

Quoi que le nouveau dogme auquel est soumis le gouvernement de la Russie comporte de grandes différences avec l'enseignement traditionnel de l'Occident, il y a certaines choses qui n'ont aucunement changé. L'attitude des classes gouvernantes, en particulier de ceux qui s'occupent de propagande éducative, quant à la dignité du travail, est presque exactement celle que les classes gouvernantes du monde entier ont toujours prêchée à ceux que l'on appelait les « bons pauvres ». Être industrieux, sobre, disposés à travailler dur pour des avantages lointains, tout cela revient sur le tapis, même la soumission à l'autorité. D'ailleurs, l'autorité représente toujours la volonté du Maître de l'Univers, lequel, toutefois, est maintenant connu sous le nom de Matérialisme Dialectique.

La victoire du prolétariat en Russie a certains points en commun avec la victoire des féministes dans d'autres pays. Durant des siècles, les hommes avaient concédé aux femmes la supériorité sur l'échelle de la sainteté et les avaient consolés de leur infériorité en faisant valoir que la sainteté est plus désirable que le pouvoir. À la fin, les féministes ont décidé qu'elles voulaient les deux, puisque les premières d'entre elles croyaient tout ce que les hommes leur avaient raconté sur l'excellence de la vertu, mais pas ce qu'ils avaient dit quant à l'insignifiance du pouvoir politique. Quelque chose d'analogue s'est produit en Russie en ce qui a trait au travail manuel. Pendant des siècles, les riches et leurs thuriféraires ont fait l'éloge de « l'honnête labeur », ont vanté la vie simple, ont professé une religion qui enseigne que les pauvres ont bien plus de chances que les riches d'aller au paradis. En général, ils ont essayé de faire croire aux travailleurs manuels que toute activité qui consiste à déplacer de la matière revêt une certaine forme de noblesse, tout comme les hommes ont tenté de faire croire aux femmes que l'esclavage sexuel leur conférait une espèce de grandeur. En Russie, toutes ces leçons portant sur l'excellence du travail manuel ont été prises au sérieux, tant et si bien que le travailleur manuel est placé sur un piédestal. On lance ainsi des appels à une mobilisation, au nom de valeurs essentiellement passéistes, mais pas à des fins traditionnelles, plutôt dans le but de recruter des travailleurs de choc pour des tâches déterminées. Le travail manuel est idéal que l'on présente aux jeunes, il est aussi à la base de toute leçon de morale.

Pour l'instant, il est possible que ce soit très bien ainsi. Un pays immense, regorgeant de ressources naturelles, attend d'être développé, et ce développement doit s'effectuer sans qu'on puisse recourir au crédit. Dans de telles circonstances, un travail acharné est nécessaire et portera probablement ses fruits. Mais que va-t-il se passer lorsqu'on aura atteint le point où il serait possible que tout le monde vive à l'aise sans trop travail ?

À l'Ouest, nous avons diverses manières de résoudre le problème. En l'absence de toute tentative de justice économique, une grande proportion du produit global va à une petite minorité de la population, laquelle compte beaucoup d'oisifs.

Comme il n'existe pas de contrôle central de la production, nous produisons énormément de choses dont nous n'avons pas besoin. Nous maintenons une forte proportion de la main-d’œuvre en chômage parce que nous pouvons nous passer d'elle en surchargeant de travail ceux qui restent. Quand toutes ces méthodes s'avèrent insuffisantes, nous faisons la guerre : nous employons ainsi un certain nombre de gens à fabriquer des explosifs et d'autres à les faire éclater, comme si nous étions des enfants venaient de découvrir les feux d'artifice. En combinant ces divers procédés, nous parvenons, non sans mal, à préserver l'idée que le travail manuel, long et pénible, est le lot inéluctable de l'homme du commun.

En Russie, étant donné qu'il y a plus de justice économique et de contrôle centralisé de la production, le problème sera résolu différemment. La solution rationnelle serait, aussitôt qu'on aura subvenu aux besoins essentiels de chacun et assurer un minimum de confort, de réduire graduellement les heures de travail, en laissant à la population le soin de décider par référendum, à chaque étape, s'il vaut mieux augmenter le loisir ou la production. Toutefois, comme les autorités en place ont fait du labeur la vertu suprême, on voit mal comment elles pourront viser un paradis où il y aura beaucoup de loisirs et peu de travail. Il semble plus probable qu'elles trouveront continuellement de nouvelles raisons de justifier le sacrifice du loisir présent au profit d'une productivité future. J'ai lu récemment que des ingénieurs russes ont proposé un plan assez ingénieux pour augmenter la température de la mer Blanche et du littoral septentrional de la Sibérie en construisant un barrage sur la mer de Kara. Projet admirable, mais qui risque de reporter d'une génération le confort des prolétaires, pendant que l'effort laborieux déploie toute sa noblesse parmi les champs de glace et les tempêtes de neige de l'océan Arctique. Si une telle entreprise devait voir le jour, elle ne saurait résulter que d'une conception du travail pénible comme fin en soi, plutôt que comme moyen de parvenir à un état de choses où ce genre de travail ne sera plus nécessaire. Le fait est que l'activité qui consiste à déplacer de la matière, si elle est, jusqu'à un certain point, nécessaire à notre existence, n'est certainement pas l'une des fins de la vie humaine. Si c'était le cas, nous devrions penser que n'importe quel terrassier est supérieur à Shakespeare. Deux facteurs nous ont induits en erreur à cet égard. L'un, c'est qu'il faut bien faire en sorte que les pauvres soient contents de leur sort, ce qui a conduit les riches, durant des millénaires, à prêcher la dignité du travail, tout en prenant bien soin eux-mêmes de manquer à ce noble idéal. L'autre est le plaisir nouveau que procure la mécanique en nous permettant d'effectuer à la surface de la terre des transformations d'une étonnante ingéniosité.

En fait aucun de ces deux facteurs ne saurait motiver celui qui doit travailler.

Si vous lui demandez son opinion sur ce qu'il y a de mieux dans sa vie, il y a peu de chances qu'ils vous répondent : « j'aime le travail manuel parce que ça me donne l'impression d'accomplir la tâche la plus noble de l'homme, et aussi par ce que j'aime penser aux transformations que l'homme est capable de faire subir à sa planète. C'est vrai que mon corps a besoin de périodes de repos, où il faut que je m'occupe du mieux que je peux, mais je ne suis jamais aussi content que quand vient le matin et que je peux retourner à la besogne qui est la source de bonheur. » Je n'ai jamais entendu d'ouvriers parler de la sorte. Ils considèrent, à juste titre, que le travail est un moyen nécessaire pour gagner sa vie, et c'est leurs heurs de loisir qu'ils tirent leur bonheur, tel qu'il est.

On dira que, bien qu'il soit agréable d'avoir un peu de loisirs, s'ils ne devaient travailler que quatre heures par jour, les gens ne sauraient pas comment remplir leurs journées. Si cela est vrai dans le monde actuel, notre civilisation est bien en faute ; à une époque antérieure, ce n'aurait pas été le cas.

Autrefois, les gens étaient capables d'une gaieté et d'un esprit ludique qui ont été plus ou moins inhibés par le culte de l'efficacité. L'homme moderne pense que toute activité doit servir à autre chose, qu'aucune activité ne doit être une fin en soi. Les gens sérieux, par exemple, condamnent continuellement l'habitude d'aller au cinéma, et nous disent que c'est une habitude les jeunes au crime.

Par contre, tout le travail que demande la production cinématographique est respectable, parce qu'il génère des bénéfices financiers. L'idée que les activités désirables sont celles qui engendrent des profits a tout mis à l'envers. Le boucher, qui vous fournit en viande, et le boulanger, qui vous fournit en pain, sont dignes d'estime parce qu'il gagnait de l'argent ; mais vous, quand vous savourez la nourriture qu'ils vous ont fournie, vous n'êtes que frivole, à moins que vous ne mangiez dans l'unique but de reprendre des forces avant de vous remettre au travail. De façon générale, on estime que gagner de l'argent, c'est bien, mais que le dépenser, c'est mal. Quelle absurdité, si l'on songe qu'il y a toujours deux parties dans une transaction : autant soutenir que les clés, c'est bien, mais les trous de serrure, non. Si la production de biens a quelque mérite, celui-ci ne saurait résider que dans l'avantage qu'il peut y avoir à les consommer. Dans notre société, l'individu travaille pour le profit, mais la finalité sociale de son travail réside dans la consommation de ce qu'il produit. C'est ce divorce entre les fins individuelles et les fins sociales de la production qui empêche les gens de penser clairement dans un monde où c'est le profit qui motive l'industrie. Nous pensons trop à la production, pas assez à la consommation. De ce fait, nous attachons trop peu d'importance au plaisir et au bonheur simple, et nous ne jugeons pas la production en fonction du plaisir qu'elle procure aux consommateurs.

Quand je suggère qu'il faudrait réduire à quatre le nombre d'heures de travail, je ne veux pas laisser entendre qu'il faille dissiper en pure frivolité tout le temps qui reste. Je veux dire qu'en travaillant quatre heures par jour, un homme devrait avoir droit aux choses qui sont essentielles pour vivre dans un minimum de confort, et qu'il devrait pouvoir disposer du reste de son temps comme bon lui semble. Dans un tel système social, il est indispensable que l'éducation soit poussée beaucoup plus loin qu'elle ne l'est actuellement pour la plupart des gens, et qu'elle vise, en partie, à développer des goûts qui puissent permettre à l'individu d'occuper ses loisirs intelligemment. Je ne pense pas principalement aux choses dites « pour intellos ». Les danses paysannes, par exemple, ont disparu, sauf au fin fond des campagnes, mais les impulsions qui ont commandé à leur développement doivent toujours exister dans la nature humaine. Les plaisirs des populations urbaines sont devenus essentiellement passifs : aller au cinéma, assisté à des matchs de football, écouter la radio, etc. Cela tient au fait que leurs énergies actives sont complètement accaparées par le travail ; si ces populations avaient davantage de loisir, elles recommenceraient à goûter des plaisirs auxquels elles prenaient jadis une part active.

Autrefois, il existait une classe oisive assez restreinte et une classe laborieuse plus considérable. La classe oisive bénéficiait d’avantages qui ne trouvaient aucun fondement dans la justice sociale, ce qui la rendait nécessairement despotique, limitait sa compassion, et l'amenait à inventer des théories qui pussent justifier ses privilèges. Ces caractéristiques flétrissaient quelque peu ses lauriers, mais, malgré ce handicap, c'est à elle que nous devons la quasi-totalité de ce que nous appelons la civilisation. Elle a cultivé les arts et découverts les sciences ; elle a écrit les livres, inventé les philosophies et affiné les rapports sociaux. Même la libération des opprimés a généralement reçu son impulsion d'en haut. Sans la classe oisive, l'humanité ne serait jamais sortie de la barbarie. Toutefois, cette méthode consistant à entretenir une classe oisive déchargée de toute obligation entraînait un gaspillage considérable. Aucun des membres de cette classe n'avait appris à être industrieux, et, dans son ensemble, la classe elle-même n'était pas exceptionnellement intelligente.

Elle a pu engendrer un Darwin, mais, en contrepartie, elle a pondu des dizaines de milliers de gentilhomme campagnard dont les aspirations intellectuelles se bornaient à chasser le renard et à punir les braconniers. À présent, les universités sont censées fournir, d'une façon plus systématique, ce que la classe oisive produisait de façon accidentelle comme une sorte de sous-produits. C'est là un grand progrès, mais qui n'est pas sans inconvénient. La vie universitaire est si différente de la vie dans le monde commun que les hommes dans un tel milieu n'ont généralement aucune notion des problèmes et des préoccupations des hommes et des femmes ordinaires. De plus, leur façon de s'exprimer tant à priver leurs idées de l'influence qu'elle mériterait d'avoir auprès du public. Un autre désavantage tient au fait que les universités sont des organisations, et qu'à ce titre, elles risquent de décourager celui dont les recherches empruntent des voies inédites. Aussi utile qu'elle soit, l'université n'est donc pas en mesure de veiller de façon adéquate aux intérêts de la civilisation dans un monde où tous ceux qui vivent en dehors de ses murs sont trop pris par leurs préoccupations s'intéresser à des recherches sans but utilitaire.

Dans un monde où personne n'est contraint de travailler plus de quatre heures par jour, tous ceux qu'anime la curiosité scientifique pourront lui donner libre cours, et tous les peintres pourront peindre sans pour autant vivre dans la misère en dépit de leur talent. Les jeunes auteurs ne seront pas obligés de se faire de la réclame en écrivant des livres alimentaires à sensation, en vue d'acquérir l'indépendance financière que nécessitent les œuvres monumentales qu'ils auront perdues le goût et la capacité de créer quand ils seront enfin libres de s'y consacrer. Ceux qui, dans leur vie professionnelle, se sont pris d'intérêt pour telle ou telle phase de l'économie ou du gouvernement, pourront développer leurs idées sans s'astreindre au détachement qui est de mise chez les universitaires, dont les travaux en économie paraissent souvent quelque peu décollés de la réalité. Les médecins auront le temps de se tenir au courant des progrès de la médecine, les enseignants ne devront pas se démener, exaspérés, pour enseigner par des méthodes routinières des choses qu'ils ont apprises dans leur jeunesse et qui, dans l'intervalle, ce sont peut-être révélés fausses. Surtout, le bonheur et la joie de vivre prendront la place de la fatigue nerveuse, de la lassitude et de la dyspepsie. Il y aura assez de travail à accomplir pour rendre le loisir délicieux, mais pas assez pour conduire à l'épuisement. Comme les gens ne seront pas trop fatigués dans leur temps libre, ils ne réclameront pas pour seuls amusements ceux qui sont passifs et insipides. Il y en aura bien 1 % qui consacreront leur temps libre à des activités d'intérêt public, et, comme ils ne dépendront pas de ces travaux pour gagner leur vie, leur originalité ne sera pas entravée et ils ne seront pas obligés de se conformer aux critères établis par de vieux pontifes.

Toutefois, ce n'est pas seulement dans ces cas exceptionnels que se manifesteront les avantages du loisir. Les hommes et les femmes ordinaires, deviendront plus enclins à la bienveillance qu'à la persécution et à la suspicion. Le goût pour la guerre disparaîtra, en partie pour la raison susdite, mais aussi parce que celle-ci exigera de tous un travail long et acharné. La bonté est, de toutes les qualités morales, celle dont le monde a le plus besoin, or la bonté est le produit de l'aisance et de la sécurité, non d'une vie de galériens. Les méthodes de production modernes nous ont donné la possibilité de permettre à tous de vivre dans l'aisance et la sécurité. Nous avons choisi, à la place, le surmenage pour les uns et la misère pour les autres : en cela, nous sommes montrés bien bête, mais il n'y a pas de raison pour persévérer dans notre bêtise indéfiniment.

http://www.esprit68.org/infokiosque/elogedeloisivete.pdf
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.... à propos de Bertrand Russel

Bertrand Russel, 1872-1970, mathématicien, logicien, philosophe, épistémologue, homme politique et moraliste britannique est un digne représentant de la philosophie analytique, considéré avec Gottlob Frege, et Alfred North Whitehead comme l'un des fondateurs de la logique contemporaine. Il reçut par ailleurs le prix Nobel de littérature en 1950.

Mais ce docte professeur s’est également signalé par ses convictions socialistes et libertaires et par son engagement pacifiste qui lui valut plusieurs séjours en prison. Il s’opposa ainsi à la première guerre mondiale, lutta avec Albert Einstein contre le maccartisme et contre les armes nucléaires et fonda avec Jean Paul Sartre, le tribunal « Sartre/Russel », pour condamner les crimes de guerre perpétrés durant la guerre du Vietnam par l’armée américaine. Sa verve de libre penseur lui inspira de féroces critiques de la religion. Dans Pourquoi je ne suis pas chrétien, paru en 1927, il écrivait : « J’affirme, en pesant mes termes, que la religion chrétienne, telle qu’elle est établie dans ses églises, fut et demeure le principal ennemi du progrès moral dans le monde. »… « L'idée de Dieu, avec tous les concepts qui en découlent, nous vient des antiques despotismes orientaux. C'est une idée absolument indigne d'hommes libres. La vue de gens qui, dans une église, s'avilissent en déclarant qu'ils sont de misérables pêcheurs et en tenant d'autres propos analogues, ce spectacle est tout à fait méprisable. Leur attitude n'est pas digne d'êtres qui se respectent. [...] Un monde humain nécessite le savoir, la bonté et le courage; il ne nécessite nullement le culte et le regret des temps abolis, ni l'enchaînement de la libre intelligence à des paroles proférées il y a des siècles par des ignorants. »

« La Bible dit : "Tu ne laisseras point vivre la magicienne" (Exode XXII, 18) [...] Les chrétiens libéraux de notre temps, qui continuent à soutenir que la Bible a une grande valeur morale, ont tendance à oublier de tels textes, et les millions de victimes innocentes qui sont mortes dans les supplices parce que les hommes de jadis réglaient effectivement leur comportement d'après la Bible. ».

C’est donc tout naturellement que Bertrand Russel s’attaqua à l’une des valeurs phare de la morale chrétienne : le travail. Il le fit avec une mordante ironie, dans ce cours essai intitulé L'Éloge de l'oisiveté (In Praise of Idleness en anglais) paru en 1932. Esprit68, octobre 2011

 


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