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L'habitat évolutif : du mythe aux réalités

De l'idée aux applications

Source: http://www.cdu.urbanisme.equipement.gouv.fr/

 

La Suède : débuts frileux...

 

Les termes, aujourd'hui galvaudés, de "socialisme scandinave" et de "miracle suédois" font parfois oublier que la Suède était encore un pays relativement pauvre dans les années 30. Si la sidérurgie suédoise a été le moteur de son décollage industriel, c'est son système politique de démocratie étendue allié à une planification rigoureuse qui sont à la base de son niveau de vie élevé. C'est dans la logique d'une société en profonde mutation que nous voyons apparaître les premières expériences de logements adaptables, dans les années 50. A cette époque, la politique suédoise du logement social n'existait que depuis une vingtaine d'années, contrairement au cas de la France. Comment la Suède a-t-elle aussi rapidement brûlé les étapes, dans l'histoire du logement social?

 

L'intervention du gouvernement dans la construction de logements en Suède date des années 30, époque à laquelle un chômage important nécessitait des mesures de résorption. L'activité donnée au secteur construction a attiré l'attention sur les conditions de logement de la population: un très grand nombre de maisons étaient trop petites: la moitié des appartements du secteur urbain n'avaient qu'une pièce et une cuisine et le taux de surpeuplement, particulièrement pour les familles avec enfants, était élevé. Les normes techniques et d'hygiène étaient très basses, notamment en secteur rural. Aussi certaines mesures furent-elles prises pour améliorer les conditions de logement, notamment pour les grandes familles, les groupes à bas revenus, les personnes âgées et les ruraux. En même temps, des études étaient entreprises pour préparer une amélioration générale des conditions de logement.

 

Le niveau de vie augmentant, l'industrialisation du bâtiment est progressivement devenue économiquement crédible.

Outre ses aspects humains, sociologiques et psychologiques, que nous étudions ici, le logement évolutif se révèle un bon argument économique dans un pays où la construction est très industrialisée et la main-d'oeuvre rare et très chère: dans beaucoup de domaines, on laisse à chacun le soin d'en faire le plus possible tout en l'aidant au maximum grâce à une technologie très poussée.

Dès le début des années 40, s'établit une relation entre la normalisation et les prêts d'État à la construction, ce qui a eu une telle influence sur la planification qu'on a même parfois parlé d'"architecture d'emprunt".

Le but de la normalisation était d'assurer un haut niveau de qualité à l'habitat subventionné par l'État. Ont été normalisés: la surface et les largeurs des pièces, les possibilités d'ameublement et l'agencement technique de base, les surfaces minimales et maximales des appartements et même certains aspects extérieurs.

 

Les qualités de l'habitat que les normes cherchaient ainsi à assurer sont mises en péril par une adaptation croissante de la planification à la production. Les méthodes de production qui ont été développées ont produit des bâtiments profonds, à refends porteurs, ce qui donne automatiquement des plans plus statiques et des solutions fonctionnelles moins satisfaisantes.

 

Le rôle des coopératives est capital: l'association nationale des sociétés d'épargne et de construction des locataires et l'organisation coopérative de construction des syndicats suédois (H.S.B.), sont les plus importantes. HSB possède ses propres usines de fabrication d'éléments de menuiserie, d'équipements de cuisine et de matériaux de construction.

Ces coopératives ont contribué à installer le confort dans les logements modernes: salle de bains, frigidaire et cuisine entièrement et bien aménagée, constituent aujourd'hui l'équipement standard de tous les appartements neufs. De même, ces organisations ont contribué à aménager l'environnement des logements: espaces verts, terrains de jeux, jardins d'enfants, buanderies collectives équipées d'un matériel moderne, complètent toujours la construction des logements. En effet, 30% des femmes mariées occupent un emploi (à plein temps ou à temps partiel) hors foyer et il est très difficile pour les femmes ayant de jeunes enfants de se faire aider dans leur foyer, le personnel de service étant très rare. Des garderies municipales sont surtout utilisées par les mères "indépendantes" (veuves, divorcées, célibataires) mais aussi par les familles normales.

 

Cette orientation suédoise vers la prise en compte croissante des besoins de secteurs marginalisés de la population est sans doute à la base de son attention pour les solutions de problèmes spécifiques à l'aide de plans adaptables. Mais le rôle puissant des consommateurs ne peut être ici négligé, d'autant plus que ce rôle semble avoir été unique, parmi les premières expériences de habitat évolutif, jusqu'à l'époque "participationniste" récente.

Göteborg: Jarnbrott, 1954

 

L'immeuble de Mies van der Rohe à Stuttgart en 1927 semble bien avoir influencé les architectes suédois des années 50, d'après Birgit Krantz40, de l'Université de Lund, qui a suivi la plupart des réalisations suédoises de ce type. Vers 1952 un concours fut lancé à Göteborg, pour des logements collectifs adaptables, de 50m2 maximum. Ce sont les architectes Tage et Olsson qui, lauréats de ce concours, construisirent en 1954, dans le quartier de Jarnbrott, un premier immeuble expérimental.

 

Il apparaît en solitaire un milieu d'un ensemble d'habitations de trois étages. Il comprend 20 appartements sur cinq étages, de quatre surfaces différentes: 42, 55, 72 et 87m2. La profondeur n'est que de 8m. Comme il apparaît sur les plans, il y a deux éléments statiques: la salle d'eau et la cuisine. Tout le reste est amovible; les placards comme les cloisons sont de la hauteur des pièces. Les joints sont recouverts de baguettes.

 

Les appartements étaient livrés dans la configuration du plan-type suédois courant pour les logements collectifs sociaux. Les premiers locataires furent informés des possibilités évolutives du système par l'architecte de la réalisation. Ce ne fut pas le cas, hélas, pour les locataires qui vinrent plus tard. La présence d'architectes dans une réalisation expérimentale apparaît, avec le recul, comme une constante et un indicateur de l'intérêt de l'expérience.

Lors de la construction il avait été prévu une réserve d'éléments de cloisonnement et de linteaux, dans laquelle les locataires pouvaient puiser à leur gré. Ce système ouvert a bien fonctionné sans besoin de surveillance spéciale de la part de la société de construction.

Après dix ans, une enquête a été effectuée auprès des habitants de cette première réalisation.

Comme c'est souvent le cas pour les réalisations expérimentales, les familles qui y étaient installées ne représentaient pas la moyenne suédoise. Il y avait une proportion dominante d'intellectuels, d'employés, de fonctionnaires, ainsi que quelques architectes. Sur les 38 familles, 9 seulement pouvaient être classées en "groupe social" (c'est-à-dire travailleurs).

Notons quelques traits saillants des résultats de cette enquête:

  • la pièce de séjour était, au départ, de 18m2. Les séjours créés par les locataires par la suite variaient de 18 à 37m2 (suivant les possibilités qu'offrait la surface totale, bien entendu) ;

  • d'après les normes suédoises, une chambre ne doit pas être inférieure à 7m2. Les plans réalisés par les locataires comportaient des chambres de 5m2. On acceptait donc, dans une large mesure, une restriction de la surface des chambres. Ceci a été confirmé par d'autres enquêtes. La pièce de séjour qui n'est souvent séparée de la cuisine que par un comptoir sert de pièce de jeu pour les enfants beaucoup plus souvent que dans les appartements conventionnels. En effet, dans les appartements de type traditionnel, les enquêtes menées à propos des modes d'habitat montrent en général que la pièce de séjour est en fait un salon dont l'accès est interdit aux enfants;

  • 22 familles sur 38 ont répondu à la question sur l'emploi éventuel de la flexibilité: 9 des familles avaient effectué deux remembrements. Dans la moitié des cas, elles l'avaient fait elles-mêmes sans l'aide du gérant. Les raisons les plus couramment invoquées pour ces transformations se rapportaient aux enfants: le besoin de surface, le besoin de rangement, le besoin d'isolement. Une raison courante également était l'agrandissement de la pièce de séjour. Ceux qui n'avaient rien changé étaient ceux qui trouvaient le plan d'origine satisfaisant: une seule famille trouvait les transformations trop difficiles à exécuter.

La fréquence des transformations était maximale dans les plus petits appartements, ce qui est surprenant puisque les possibilités de transformation sont naturellement plus grandes dans les plus grands appartements;

  • l'isolation acoustique intérieure au logement est un problème dont les cloisons démontables renforcent encore l'acuité. Mais il en va de même pour les appartements non-évolutifs (les portes, par exemple, n'y sont guère plus efficaces qu'une feuille de carton).

 

Göteborg: Kallevach, 1960

 

Six ans après l'immeuble de Jarnbrott, l'architecte Erik Friberger construisit en 1960 à Kallevach (toujours à Göteborg) un immeuble évolutif, à la fois adaptable et agrandissable qui pour l'époque, était unique en son genre. Il ne semble pas avoir été étudié.

Dans cet immeuble, chaque appartement occupe une partie plus ou moins grande d'une terrasse (principe retenu plus tard en France pour l'expérience des Marelles). "La construction est composée de plusieurs terrasses superposées, en somme des sortes de pavillons construits sur un terrain artificiel surélevé" nous dit Birgit Krantz, qui rejoint là l'un des axes que nous développions plus haut, au sujet des origines idéologiques de l'habitat évolutif.

Cet immeuble aurait-il eu le tort d'arriver trop tôt, pour rester ainsi méconnu?

Uppsala, 1966Il s'agit de 16 appartements (60, 90 et 120m2) d'organisation semblable à ceux de Stuttgart (1927) et Jarnbrott (1954). Mais ici un pas de plus a été fait, non vers l'agrandissable comme à Kallevach, mais vers la préfabrication de masse. Il s'agissait donc surtout, semble-t-il, d'une expérience technologique préparant l'aventure d'Orminge-Ouest.

 

Les cloisons, placards, portes, etc., étaient tous amovibles, fixés par des vérins cachés sous des plinthes.

Leur montage nécessitait deux personnes, l'une pour tenir le composant, l'autre pour le fixer, ce qui a été critiqué. Les locataires trouvent que la construction des éléments les rend difficiles à manier. l'isolation acoustique entre les appartements est jugée bonne, mais celle des cloisons intérieures a reçu beaucoup de critiques. Cependant, plusieurs des locataires pensent, ici aussi, que la gêne est la même dans les habitations conventionnelles.

Une nouveauté à Uppsala a été que, dès que l'immeuble fut prêt, l'entreprise offrit d'aménager les appartements au choix des locataires. Trois familles qui avaient signé leur bail purent en profiter. Mais les autres locataires qui s'installèrent par la suite durent effectuer les transformations eux-mêmes.

 

L'information donnée à ces locataires était insuffisante; elle consistait, en tout et pour tout, en une brève note où les cloisons intérieures étaient qualifiées d'amovibles, sans autre explication. Un employé de l'entreprise de construction habitait cependant l'immeuble et put aider les locataires.

Après deux ans d'utilisation, une enquête fut menée auprès des ménages occupant les appartements. Sur les seize familles, la plupart des ménages avaient une éducation supérieure, et environ 50% des femmes exerçaient une activité professionnelle. Beaucoup de ces familles avaient volontairement choisi l'appartement expérimental pour ses possibilités de transformation et apportaient donc au départ un intérêt actif à l'expérience.

Lors de la première enquête, il s'avéra que la moitié des ménages avait modifié le plan-type de départ. Cinq des huit autres annoncèrent leur intention de le modifier.

Les changements consistaient souvent à supprimer certaines cloisons et aboutissent à des "plans ouverts" présentant une divergence croissante avec le plan traditionnel suédois. Les changements les plus typiques consistaient à faire de nouvelles chambres, à incorporer le couloir dans la pièce de séjour, à agrandir le séjour.

Ces nouveaux plans n'étaient pas conformes à la réglementation: dans deux cas, la pièce de séjour ne recevait la lumière de jour qu'indirectement. Dans trois cas, les chambres étaient d'une surface inférieure à 7m2.

 

La seconde enquête, en 1971, confirma que les possibilités de transformation étaient très utilisées. En effet, pendant ces trois ans, neuf familles sur quatorze avaient apporté des changements au plan, dont trois d'entre elles à plusieurs reprises.

Kalmar: Norrliden, 1971

Au sud de la Suède, à Kalmar, fut franchi un autre petit pas dans l'élaboration du nouveau processus d'interaction habitant-architecte que permet la formule évolutive: dans deux quartiers groupant une centaine de logements évolutifs, on décida de laisser les locataires choisir eux-mêmes leur plan avant l'emménagement, ainsi que de leur procurer une information détaillée sur les possibilités de l'évolutif. Des logements-témoin furent mis à leur disposition.

Sur 106 ménages, 25 conçurent des plans qui ne figuraient pas du tout parmi les exemples proposés dans la brochure qu'on leur remit. Dans 19 cas, les plans des exemples avaient été modifiés. Au total, il y eut 44 plans différents. Lors de la deuxième enquête, c'est-à-dire après la première année d'habitation, personne n'avait encore effectué de transformations de ces premiers plans adaptés.

 

Le projet de Norlidden s'est montré particulièrement intéressant par la façon dont l'information y a été pratiquée.

Stockholm: Orminge-Ouest, 1967-1971

 

L'expérience de cette période la plus riche d'enseignements au plan sociologique est celle d'Orminge, de par l'échantillon de population qu'elle couvre.

Cette expérience concerne un groupe résidentiel dans la banlieue de Stockholm comprenant 2600 logements, dont 550 de caractère évolutif (en fait, une conséquence secondaire du système de construction employé). L'Université de Lund y a également conduit une étude.

L'emménagement des habitants de ce quartier a commencé en 1967 et s'est terminé en 1971. Les principes de construction des bâtiments sont semblables à ceux décrits plus haut (installations techniques dans des blocs de canalisations, etc.). Toutes les surfaces des cloisons étaient peintes avant le montage: les cloisons sont formées de cadres de bois, habillés de plaques de plâtre tapissées de plastique; les éléments sont fixés à l'aide de vérins contre le plafond. Les câbles électriques sont installés dans l'espace vide entre la partie supérieure de l'élément et le plafond, ce qui amène certaines complications lors de transformations ultérieures. Les conduites verticales passent dans des éléments spéciaux.

Dans le système Skarne 66, employé à Orminge, les cloisons ont les largeurs suivantes: 120 cm, 90 cm, 70 cm, 60 cm, 50 cm, 45 cm, 40 cm et un élément creux de 20 cm contenant les circuits électriques. L'équipe de Skarne à Orminge comprenait 50 ouvriers spécialisés qui, en un an de travail, ont réalisé la distribution intérieure de 550 logements.

 

Ces appartements sont assez recherchés et peuvent être recédés librement, dans le système coopératif (actions, représentations de l'apport personnel). Le vendeur n'est pas obligé de remettre les cloisons en place, selon le plan-type suédois, bien que, théoriquement, son successeur puisse l'exiger.

Au départ, les ménages avaient le choix entre dix variantes d'appartement, les surfaces allant de 40 à 120m2.

 

L'information des habitants a été pratiquement nulle et s'est résumée en une petite brochure mentionnant la possibilité de diviser certaines pièces, mais ne faisant aucune allusion aux possibilités de modification de plan.

Deux méthodes ont été employées:

  • dix familles ont pu choisir, lors de la construction, l'emplacement des cloisons au cours de discussions avec l'architecte. Dix plans (90m2 pour une famille d'un enfant) étaient proposés mais aucun n'a été retenu; cependant, la disposition définitive est très proche des plans prévus, avec une tendance à des plans plus ouverts laissant la cuisine incorporée au séjour. Les enfants ont des chambres petites, mais individuelles. La chambre des parents est privilégiée;

  • 1300 logements (120m2 pour une famille de trois enfants) ont été loués aménagés: 15% des occupants ont changé la disposition des cloisons (20% des logements en coopérative).

Il faut préciser que le plan-type proposé faisait partie des modèles d'habitat solidement implantés dans une longue tradition locale; ce plan semble toujours correspondre aux modes de vie suédois courants, il est désigné du terme de "généralité" (ou "neutralité" de plan).

Environ un tiers des appartements remaniés l'a été à plusieurs reprises.

Dans les plans "normaux", 16 à 20% des appartements étaient surpeuplés alors que dans les "plans spéciaux" le surpeuplement n'était que de 10%. Si les logements n'avait pas été adaptables, le surpeuplement serait de 18% car, dans les solutions "spéciales", on a créé un plus grand nombre de pièces. (On compte en Suède qu'il y a surpeuplement dans l'habitat quand la moyenne d'habitant par pièce est supérieure à deux personnes, la cuisine et la pièce de séjour n'étant pas comptées dans le nombre de pièces.)

Dans quelques logements des pièces sans éclairage ont été créées par les habitants; il s'agit de petites pièces pour le travail ou le sommeil. Dans environ 25% des plans "spéciaux", la cuisine et le séjour forment une pièce commune.

 

La diversité des situations d'habitation est considérable. Chaque variante de logement est habitée par une famille de type différent, mais on observe aussi le contraire; des familles semblables ont adopté des solutions différentes.

Dans la hiérarchie des préférences déclarées lors de l'enquête, l'évolution des appartements vient en troisième place, le besoin placé en première position concernant l'acoustique intérieure. Mais l'on a pu constater que les familles les plus satisfaites sont celles qui ont utilisé le système.

Les motifs les plus courants sont:

  • un changement dans la composition familiale (adultes);

  • les enfants grandissent ou sont malades;

  • la famille s'enrichit de nouveaux membres;

  • un changement d'emploi;

  • travaux à la maison.

 

Il semble que le besoin de changement soit plus faible lorsque les ménages ont eu la possibilité d'exercer des choix au départ.

Un autre avantage de la flexibilité est que l'on peut, avec des moyens simples, réaliser des adaptations spéciales pour les handicapés ou même créer des aménagements provisoires, comme une crèche pendant la période d'emménagement.

Les contacts sociaux avec les voisins semblent plus fréquents entre les habitants des logements flexibles: on parle souvent avec ses voisins des qualités du logement des uns et des autres.

 

B. Krantz hésite à établir des relations de cause à effet, mais ce groupe résidentiel avec ses logements flexibles, lui paraît surprenant sous d'autres aspects. Par exemple, les utilisateurs des appartements ne se sont pas contentés d'apporter des transformations à leurs logements, mais ils ont même commencé à transformer leur environnement. Un groupe d'opinion très résolu a réussi à obtenir des autorités communales de petits lots cultivables, des espaces verts communs, où il a changé certaines plantes et ajouté de la végétation, arrangé de petits squares et amélioré les terrains de jeux.

Peut-être pouvons-nous avancer l'hypothèse suivant laquelle l'activité des habitants, et leur créativité, est proportionnelle aux possibilités de participation à la création de l'environnement, ce qui semble un argument d'importance pour la flexibilité du logement.

L'architecte des logements estime que les plans créés par les familles étaient mieux conçus que ceux créés par lui-même. Un programme de télévision a été réalisé sur cet essai. Une maquette a également été utilisée.

 

Concernant l'enquête, environ 150 personnes ont été interrogées personnellement, la moitié des foyers étant constitués d'une ou deux personnes; les parents seuls avec un enfant sont très fréquents; il y a une prédominance d'enfants en bas âge parmi les familles ayant des enfants.

 

Sur cet échantillon, 85% des familles n'ont pas modifié leur plan d'origine, "général" ou "neutre", dont on sait qu'il correspond à une longue pratique sociale autant qu'à une civilisation de l'habiter mondialement connue et dont témoignent les succès du design et du mobilier scandinaves (représentés aux quatre coins du globe par la firme Ikea au niveau le plus démocratique).

 

On peut estimer que les 15% de changements observés par Birgit Krantz correspondent soit à des besoins objectifs pressants, soit à une élite de praticiens de l'art d'habiter, des gens particulièrement motivés par la qualité des espaces.

En fait, ces 15% de l'échantillon général montent à 20% dans l'échantillon plus motivé des personnes organisées en coopérative, ce qui semble aller dans le sens de notre supposition. Et le chiffre monte à 26% en prenant en compte les changements désirés, mais non réalisés.

Il existe donc deux types de changements, ceux, réalisés, correspondant grosso modo à des besoins (des changements dans la desserte des pièces, leur communication, des déplacements des rangements; des réorganisations de la cuisine); et ceux, davantage liés à des désirs et à l'imaginaire, non réalisés le plus souvent car plus coûteux:

  • une voûte entre la cuisine et le séjour;

  • l'installation d'un sauna;

  • une alcôve séparée dans la pièce de séjour;

  • deux chambres au lieu d'une et vice-versa.

Aussi minime que paraisse cet indice, il montre à nos yeux l'enjeu principal de la problématique de l'évolutif, là où elle se pose en termes de pouvoir. Manifestement, ces changements non réalisés vont à l'encontre du système Skarne 66 et sont sans doute, en cela même, enjeu du désir de changement: il ne faut pas qu'il ait été pensé, même dans une combinatoire aléatoire probabiliste, sinon il n'est plus expression de soi, mais simple cochage d'une case dans la grande grille des possibles mise en place par les autres. Voilà donc, paradoxalement, un excellent argument en faveur des systèmes évolutifs: la liberté donnée, mais dans un cadre raisonnable, provoque le surgissement du désir de liberté vraie, donc forcément déraisonnable, et enrichit finalement le cadre d'un peu de cette spontanéité, complexité et chaleur humaine d'habitude si difficiles à susciter dans l'architecture et l'urbanisme.

Les théoriciens : le SAR (Hollande) et Alexander (USA)

 

Nikolaas J. Habraken

 

A la suite de l'intérêt soulevé par la publication de son livre Les porteurs et les hommes, en 1961, Nikolaas Habraken créa une fondation de recherches architecturales (dont le sigle néerlandais était SAR). Dans son livre, il avait défini les "porteurs" comme étant "une construction dans laquelle on peut composer un certain nombre de logements, qui, chacun séparément, peuvent être construits, modifiés ou démolis" (p. 84). La filiation idéologique entre l'idée des "porteurs" et celle du Plan d'Alger a été reconnue en premier par Bakema41 , qui fit partie des dix grands ateliers d'architectes hollandais soutenant l'activité du SAR. Cette filiation, d'autant plus intéréssante qu'elle était inconsciente chez Habraken, ne peut cependant surprendre un sociologue connaissant les Pays-Bas. Quelque chose de l'attitude protestante, en effet, se cristallise dans ce projet d'urbanisme, qui délimitait avec une vigueur exemplaire le domaine du collectif et celui de l'individuel, tout en permettant - y incitant, même - l'expression d'un individualisme qui se montre aux yeux de tous comme jouant un jeu collectif. De nombreux voyageurs latins ont été surpris, voire choqués, de l'habitude hollandaise de vivre rideaux ouverts sur la rue. Ce qui pour nous peut être mal vécu comme violence d'une exhibition, n'est rien de plus, chez les nombreux Hollandais que nous avons interrogés sur ce point, qu'une soumission volontaire au Surmoi (calviniste) national, face auquel il n'y a rien à cacher. Les blocs d'habitation des banlieues de la Randstad, éclairés le soir dès 18 heures, font l'effet de maisons de poupées.

Rappelons-nous Max Weber et son analyse classique des origines du capitalisme comme effet économique de l'idéologie protestante qui, en Hollande, est à dominante calviniste. A défaut du regard de Dieu, on se contente du regard social porté au sein de la pièce de séjour familiale. Voilà sans doute des conditions extrêmement favorables à la levée du scandale de "l'empilage des idiosyncrasies individuelles" dont parlera, plus tard, le groupe SITE, si cette juxtaposition est hissée, au contraire, au rang de devoir moral. Rappelons aussi les travaux prométhéens, admirés par Freud, d'assèchement du Zuyderzee; les digues géantes longues de 30 km qu'on met un siècle à construire; les brise-tempête de science-fiction prévus pour tenir tête à des ouragans dont le risque est d'un tous les 4000 ans (aux Deltawerken de Zélande), et on comprendra que le petit dessin de Le Corbusier pour Alger avait de quoi séduire les Hollandais. Ce qui ne signifie pas qu'ils le réaliseront jamais, mais qu'il a pu être reçu en Hollande comme idée fertile alors qu'il était oublié partout ailleurs, d'autant plus que la diversité des façades imaginées par Le Corbusier sur cette véritable étagère à pavillons qu'est le plan Obus, correspond à peu près à celle des rues urbaines hollandaises traditionnelles, dont chaque façade est assez singulière, et dont l'évolutivité vernaculaire va totalement d'elle-même..

Ce qui semble avoir inspiré le groupe du SAR, c'était le principe de hisser sur porteurs collectifs la singularité individuelle, ainsi assumée devant la collectivité, et garantie par celle-ci. C'est donc, fondamentalement, une démarche "par le haut".

 

C'est la raison pour laquelle Habraken, à la différence d'Alexander, cherche à faire collaborer tous les acteurs du processus conception-réalisation-promotion, avant de mettre les systèmes ainsi élaborés entre les mains des usagers appelés à participer en bout de chaîne:

"Il fallait résoudre deux problèmes de méthodologie: Le premier fut le problème de coordination. D'une part, rendre possible le développement et la construction des systèmes "support" de telle manière que n'importe quelle unité détachable puisse s'y adapter, d'autre part rendre possible la production des unités détachables de manière à ce qu'elles s'adaptent à n'importe quel support. Il fut alors nécessaire de développer un système de coordination modulaire qui permette une telle coordination technique, un système de coordination modulaire qui ne soit pas utilisé en premier lieu pour la standardisation des éléments de composition mais pour la coordination des décisions prises au plan de la conception. De cette coordination, la standardisation pourrait suivre.

 

Le deuxième problème méthodologique était celui de l'évaluation. Le projet support doit être jugé d'après une série de solutions possibles de plans courants. Après la conception du support, comment connaître les plans exacts des logements qui y seront réalisés? Dans un projet traditionnel d'habitat, les plans sont normalisés. Dans le projet support, il s'agit d'élaborer une structure à l'intérieur de laquelle toutes sortes de plans soient possibles. Le principe de zones et marges fut alors développé afin de transcrire les données générales concernant les aménagements à décider.

Changer le logement de masse en logement à "support" est un changement fondamental. Cela touche toute l'organisation de la construction et du logement. Notre travail demande à être réalisé. Je ne pense pas que les choses puissent changer en peu de temps." (Habraken, 1975).

Les travaux du SAR (un laboratoire sabbatique, à but non lucratif, financé par les principales agences d'architectes) ont d'abord porté sur la synthèse des approches analytiques du logement: "coordonner les différentes instances qui participent à la construction". A partir de 1970, le SAR s'est réorienté vers l'analyse du fait urbain, et fut consulté notamment pour des projets d'urbanisme; la première expression de cette extension des objectifs fut le livre SAR'73 sur le tissu urbain décrivant douze tissus typiques des villes hollandaises. Le thème de la diversification apparaît ensuite au SAR, qui établit la notion de "marge" d'indétermination.

Ce sont, nous semble-t-il, Bonnemazou et Fortier42 qui ont le mieux résumé la démarche d'Habraken, dans leur dossier très complet sur le SAR qui a paru en français en 1976. Nous leur laissons la parole:

 

"Comment, au fond, ne pas trouver étrange une "théorie d'architecture" qui refuse tout emprunt aux systèmes de pensée et aux théories antérieures; surprenante une recherche qui prétend s'éloigner des architectures sans visage inspirées du Bauhaus, etqui pourtant se prive elle-même d'aboutissements formels; paradoxale enfin une méthodologie minutieuse et austère, corrélative d'une théorie qui vise de son côté l'indétermination et l'ouverture; problème, donc: par quel tour de passe-passe une trame peut-elle soudain ne pas ordonner et figer, mais libérer et disparaître? Problème inverse aussi, quel crédit apporterait-on à ce projet d'espace approprié s'il laissait aux objets architecturaux l'intégralité de leur définition et s'il ne faisait aucune part à une théorie des pratiques?

Mais le fond du problème est sans doute celui-ci: avec cette obsession renouvelée des territoires individuels, avec cette quête d'une vie sociale largement rabattue sur un horizon privatif, on est, avec le SAR, dans le droit fil des grandes théories progressistes de la première partie du siècle. A leur aboutissement final, puisque dans les "supports" et les "unités détachables" culmine le rêve corbuséen d'une cité architecturale dans toutes les villes du SAR, l'habitat est hégémonique mais certainement aussi à un point d'inflexion décisif puisque l'espace parfaitement pauvre que l'on connaissait jusqu'alors s'ouvre sur la durée et sur la vie: par conséquent, sur les lisières de la réappropriation urbaine.

Dès lors, on ne s'étonnera pas de ne pouvoir tirer une image homogène des expériences multiples qu'ont inspiré tous ces travaux: on y retrouvera aussi bien les projets manufacturés de Bruynzeel que des architectures "ouvertes" comme avait pu l'être Pessac, voire des tours de Babel autogérées et libertaires... Ironie du sort ou ultime réussite, on ne rencontrera nulle part l'image qu'avait involontairement suggérée Habraken d'une mégastructure où les hommes et leurs mobiliers circuleraient comme des jouets ou comme des automates."

 

Christopher Alexander

Avec Christopher Alexander, on verra un mouvement inverse à celui du SAR, parti "d'en bas" (sous des influences mystiques taoïstes), finir par presque le rejoindre dans sa méthodologie d'incitation à la complexification. La confiance faite à la millénaire sagesse gestuelle de l'habitant, vernaculaire ou pas, rapproche beaucoup Alexander des sciences humaines: ici le point de départ c'est l'homme, comme l'a bien noté David Elalouf:

"Alexander, et c'est là un des points les plus remarquables de ses travaux, ne définit pas les espaces par leur morphologie ou leurs dimensions mais les présente comme les espaces d'une pratique: la rue doit pouvoir être le lieu d'un événement ou d'une pratique exceptionnelle (street football, street theater...); la fenêtre n'est pas un élément fonctionnel mais elle aussi est l'espace de pratiques multiples (fenêtre où l'on peut s'asseoir, fenêtre espace, bow-window, fenêtre alcôve, "jalousies", etc.). Il apparaît indispensable d'aborder l'oeuvre d'Alexander avec beaucoup de nuances, essentiellement, à cause du sentiment permanent d'une ambiguïté [...] entre le circonstanciel, l'intentionnel et l'immuable; intuition raisonnée, intuition en quête d'une logique et d'une expression. Il est difficile de présumer de l'évolution même du langage et ses réalisations témoignent aujourd'hui de son potentiel"

 

C'est dans son ouvrage aux accents lyriques The timeless way of building que se fait sentir l'influence déterminante du Tao-Te-King sur la pensée d'Alexander. Écriture anti-technocratique par son essence même, elle est source d'inspiration et de prise de conscience. Dans sa première orientation, bien représentée par son doctorat avec Chermayeff (Community and Privacy), Alexander suivait un cap très proche de celui du SAR et d'autres chercheurs-architectes, celui d'une approche aussi scientifique que possible de l'architecture. A un moment où la production architecturale traversait un vide théorique manifeste, les recherches méthodologiques étaient une alternative séduisante.

 

Sur les bases de l'acquis de la période fonctionnaliste "dure", les bâtiments et les espaces qui les composent découlaient logiquement des fonctions qui leur étaient assignées: tout cela était quantifiable et fut donc quantifié. En 1964, avec son livre Notes on the synthesis of forms, Alexander abandonne la morphologie architecturale classique, la recherche de l'adéquation de la fonction et la demande, il découvre que le recours à des "diagrammes" permet de sauter plusieurs étapes du processus méthodologique menant à la "bonne" forme. Ces diagrammes deviendront plus tard des "patterns" (dont Alexander regrette la traduction française par le terme de "modèles"... ): une série de plusieurs centaines de situations socio-spatiales, proposées à la réflexion des concepteurs, isolément ou en tant que système articulé.

L'évolution d'Alexander est alors pleine de surprises; renonçant aux recherches de méthodologie et d'aide logique à la conception, il découvre l'expression poétique des qualités essentielles d'un bâtiment et de son architecture, expression dont le support sera le Language of Patterns et le manifeste, un long poème d'architecture, apparemment ésotérique: The timeless way of building. De ce long poème d'architecture, un passage semble essentiel:

 

"And finally, when you have understood all this, and recognized that you are as potent as any great artist, since the pattern language which you build allows you to give birth to natural forms of infinite varieties according to the forces in you; finally,then, when you have used the language, you will be ready to shed its use, since you will come to understand that even the language is only a crutch which has helped you to walk while you were lame, and your natural capacities to give birth to form and to act, as nature d oes, in making towns and buildings, come in the end from your own inner nature and are as much a part of you as eating and drinking, and like them, function best when they are free".

 

C'est le Center for Environmental Studies, installé à Berkeley en 1967, qui va mettre en pratique le "langage des modèles" d'Alexander, à partir d'un catalogue de ces patterns (que tout individu peut enrichir de ses propositions, critiquer, modifier, etc.). Le CES répond à des projets par des schémas s'appuyant sur des ensembles de modèles du langage, comme un professionnel le fait pour un client individuel, mais récupère à chaque opération l'information sur l'expérimentation qu'elle constitue ipso facto. Le CES est ainsi intervenu, depuis 1968, du Bronx jusqu'à Lima, et de la Suède jusqu'en Oregon, et continue de nos jours.

Aussi proche qu'il paraisse de vouloir retrouver une modernité revigorée par le vernaculaire, ce qui intéresse essentiellement Alexander, c'est, en amont du bâti, de transformer les processus de conception de l'habitat.

 

En France, la doctrine d'Alexander a été analysée très soigneusement par Michel Conan, d'abord en ce qui concerne son rejet de la technocratie, puis en ce qui concerne sa méthode de travail, texte dont nous citerons ici le passage suivant43:

"Mais plus encore que les détails constructifs, ce sont les sept principes censés s'appliquer à toutes les situations possibles de construction d'habitation dans toutes les parties du monde qui doivent retenir notre attention. Nous suivrons donc l'exposé qui en est fait par Ch. Alexander.

A l'origine de cette méthode, un diagnostic critique sur les conditions de production du logement dans les villes du monde entier : deux impératifs éthiques sont violés, la reconnaissance du caractère unique de chaque sujet et de sa capacité à exprimer cette singularité pour atteindre à la dignité, et la reconnaissance de la nécessité pour chacun d'établir des relations sociales.

 

Ni le développement de lotissements de maisons individuelles promus par l'économie libérale américaine, ni la construction en série de logements telle qu'elle est promue par les gouvernements français, suédois ou soviétiques ne peuvent être rendus plus humains en améliorant les prestations matérielles tant que le système de production demeurera inchangé, car c'est sa structure profonde qui serait à l'origine du sentiment d'aliénation véhiculé par les bâtiments. Or, cette structure profonde est révélée par la distribution du pouvoir en son sein : ainsi dans le monde présent les décisions relatives à la production de l'habitat sont prises par des gens qui en ignorent les conséquences de telle sorte que nous vivons une période intermédiaire tout juste capable de produire un habitat intolérable pour les milliers de sans-abri (p.39).

 

Comment découvrir un autre système de production?

La réponse de Christopher Alexander consiste à se tourner vers le monde biologique afin d'y trouver un modèle à imiter. La nature se manifeste dans tous les organismes vivants par la capacité qu'elle y distribue en tous points de l'organisme et à tout moment d'adapter la croissance à ses dispositions internes et aux conditions d'environnement, car les contrôles exercés sur la forme de toutes les parties sont distribués à un grand nombre de niveaux de l'organisme. A l'opposé de ce processus naturel, le processus de production de l'habitat parait trop centralisé et dispose de contrôles trop éloignés des situations particulières de développement de chaque habitation.

 

II faut donc décentraliser ou mieux répartir les pouvoirs de contrôle dans l'ensemble du processus de production. D'où les sept questions suivantes :

  • 1 Quelle doit être la compétence du maître d'oeuvre?

  • 2 Quelle est l'intégration locale de l'entreprise de construction ?

  • 3 Qui dispose et contrôle l'espace commun entre les maisons ?

  • 4 Qui établit les plans des maisons individuelles ?

  • 5 La construction repose t-elle sur la mise en oeuvre de composants standards ou sur des actes créatifs mettant en oeuvre des processus standards?

  • 6 Comment le coût est-il contrôlé ?

  • 7 Comment se déroule la vie pendant la construction ?

Les réponses à chacune de ces questions constituent autant de principes directeurs qui devraient être respectés par le nouveau système de production de l'habitat qu'ils instituent."

La France : les premières expériences revisitées

 

Montereau: Surville, 1969-1971

En France, dès les années 50, les chercheurs groupés autour de P.-H. Chombart de Lauwe avaient insisté sur la nécessité d'expériences de logement évolutif. Parmi les nombreux projets faits par des architectes, le premier à aboutir fut celui des frères Arsène-Henry et de leur associé Bernard Schoeller. L'office d'HLM de Montereau accepta l'idée de construire un immeuble expérimental dans la ZUP de Montereau-Surville, un immeuble dont les cellules seraient aménagées selon la volonté des locataires44.

 

Cet immeuble constitua la première expression de la recherche continue d'architectes qui, déjà dix années auparavant, à l'occasion de la construction du secteur industrialisé de Reims s'étaient posé le problème de la mobilité des cloisons de distribution des logements afin de permettre une certaine souplesse de la géométrie des pièces.

Le plan d'étage de l'immeuble est un carré de 24m de côté, composé de quatre plateaux d'une même surface de 83m2. Ils sont disposés en angle autour d'un noyau central équipé d'un escalier, d'un ascenseur, d'un vide-ordures collectif, des gaines et colonnes de fluides.

Une coursive de palier ceinture ces éléments bruyants en les isolant des appartements.

Une loggia périphérique d'une profondeur de 1,60m, fermée par un garde-corps plein en béton blanc, sert d'espace de transition avec l'extérieur et donne à l'immeuble une apparence classique.

Chaque plateau de 83m2 est un rectangle de 6,30m sur 13,50m, tramé selon une trame de 90cm. Il comporte, dans la zone centrale, une gaine technique, unique, équipée de tous les fluides, évacuation et ventilation mécanique.

Deux plateaux pouvaient être couplés pour réaliser un seul grand appartement. Le rez-de-chaussée est occupé par le hall d'accueil, les voitures d'enfants, le logement de gardien. Au dixième étage, sur la terrasse accessible, a été installé un local résidentiel collectif de 40m2 avec cuisine et sanitaire.

Malgré son caractère expérimental, ce bâtiment prototype a été réalisé dans le cadre des prix plafonds ILN.

L'immeuble a été implanté dans un bosquet d'arbres en bout de la grande terrasse du plateau de Surville, dominant la vallée de la Seine et la ville basse de Montereau. Les architectes ont donné à cet immeuble une apparence extérieure classique, avec des loggias périphériques et des garde-corps pleins en béton blanc.

Les 36 logements (37 avec celui du gardien, adaptable également) se répartissent sur neuf niveaux. Les deux premiers niveaux étaient réservés à une expérience de logements adaptés aux besoins des handicapés-moteurs. Dans chaque appartement, seules l'entrée et la gaine technique ont été implantées d'office par l'architecte. Les équipements tels que salle d'eau, W.-C., cuisine se raccordent autour de trois faces de la gaine technique. Le quatrième côté de cette gaine, en face de la porte d'entrée, est réservé à une armoire sèche-linge ventilée automatiquement par la VMC.

Les façades sont composées en fonction du plan et des goûts de l'habitant, au moyen de cinq éléments-types, qui viennent s'encastrer entre les potelets. Ces éléments sont: l'élément plein fixe, l'élément vitré fixe, la porte-fenêtre, la fenêtre fixe, la fenêtre ouvrante.

l'information des usagers a été faite par la distribution d'une plaquette explicative, comportant onze plans proposés par les architectes.

 

Aucun de ces schémas n'a été repris intégralement par les locataires, et d'ailleurs aucun des plans composés par ceux-ci n'est semblable à un autre. Ces plans ont été, pour la plupart, élaborés en séance de travail entre les futurs locataires et les architectes, notamment Bernard Schoeller, parfois à partir d'une première esquisse apportée par le ménage, et en présence d'un sociologue-observateur. Avec le recul, on peut ici avancer sérieusement l'hypothèse qu'à la différence des expériences suédoises rapportées par B. Krantz, le type de relation humaine établi par l'architecte avec les locataires est pour beaucoup redevable du succès de l'expérience en ce qui concerne la différenciation des cellules au départ: un contact facile, aisé, très "médecin de famille", prenant parfois des décisions quand le couple tournait trop longtemps en rond, mais sachant trouver et exprimer sur une trame modulaire des compromis satisfaisants avec les désirs initiaux des locataires, souvent contradictoires.

La procédure de réalisation des plans consistait, après les formalités à l'OPHLM, en plusieurs de ces séances de travail, jusqu'à celle où l'accord se faisait sur l'une ou l'autre des diverses solutions trouvées ensemble pour remplir le "programme" de chaque famille lui-même élaboré au long des séances, la dernière étant conduite par l'architecte avec un clair désir de finaliser la conception.

 

Cette façon de procéder parut très directive au Bureau des recherches sociologiques du ministère du Logement, au moment même où étaient menées des expériences de "flexibilité totale" (les Marelles, notamment) dans laquelle l'équipe d'observateurs reçut, semble-t-il, la consigne d'éviter toute ingérence dans la recherche du plan par les participants. Cependant, les expériences ultérieures de "participation" des habitants à la conception de leur logement, maintenant classiques en France, ont plutôt donné raison à cette attitude semi-directive et à la séance finale décisive enlevée légèrement: nous l'avons vu en 1985 à Cergy-Pontoise lors de séances de "rattrapage" de candidats tardivement arrivés dans une opération participationniste conduite par P. Lefèvre45. Ces retardataires, dont l'architecte redoutait qu'ils ne puissent pas aboutir à des plans adaptés à leurs besoins et représentations du logement par comparaison au reste du groupe (qui avait derrière lui l'expérience de 3 mois d'atelier de conception collective), ont très vite su établir avec eux un processus d'échanges sur la conception, dans une relation dont l'ambiance était proche de celle, efficace, de la consultation médicale...

 

Durant les deux premières années d'occupation de l'immeuble de Montereau, le local résidentiel ouvert à tous en terrasse a été souvent utilisé pour des fêtes de famille, des réunions de jeunes ou des soirées organisées spontanément.

De même qu'en Suède, des relations amicales se sont créées entre les différents locataires faisant admirer mutuellement leurs astuces d'aménagement personnel. Des meubles ont été disposés sur certains paliers d'étage avec des vases fleuris et des sous-verres aux murs. Cinq ans après cette euphorie était quelque peu retombée, probablement depuis que la salle du haut était fermée à clef et qu'on n'en disposait plus librement par suite de quelques dégradations. Mais tous les locataires s'accordaient dans ces premiers temps à dire que, malgré ces défauts, ils étaient prêts à revivre cette expérience positive de la flexibilité.

La conclusion la plus importante de cette période d'installation est que les familles ont réellement pu créer des plans adaptés à leurs besoins et aussi à leur mode de vie et à leur personnalité, comme en témoigne le degré variable d'originalité des plans.

Le but, ainsi atteint, n'était nullement de faire surgir des plans "révolutionnaires", comme certains architectes déçus par les plans de Montereau semblaient l'espérer, mais bien de permettre cette adaptation entre le plan du logement et la famille, indépendamment du résultat "architectural".

 

Une deuxième conclusion a trait aux surfaces des cellules: l'adaptation optimale de ces plans aux structures familiales ne devient réellement possible que quand on dispose d'environ 27m2 par personne.

 

La troisième conclusion a trait à l'incidence sociale de ce type d'habitat. Il semble que le fait d'habiter un logement autodéterminé rende les familles plus sociables, du moins initialement, par la prise de conscience des limites et des interactions qui régissent en définitive la vie des individus.

 

Revisité en 1985, Montereau fait apparaître une image plus pondérée que celle de l'enthousiasme de 1969, mais plus utile sans doute pour l'évaluation de l'incidence de l'habitat évolutif. La première constatation est celle du poids de la gestion. Le coût des transformations nécessitant notamment de la plomberie et de l'électricité, pour remettre les cellules aux plans-types lors des départs des locataires, a décidé l'OPHLM, vers 1975-77, à fixer ces plans qui, d'évolutifs, devinrent définitifs. Ce faisant, cet organisme créait les conditions d'une observation sociologique jamais encore possible aussi aisément: celle des résistances (supposées) de la part des nouveaux arrivants à reprendre un logement personnalisé par une autre famille, dix ans auparavant.

 

Or, d'après les témoignages, il n'en est rien! Les cellules n'ont quasiment pas été modifiées depuis le début, en 1970, mais très peu de participants de cette époque étaient encore sur place en 1985 et assez rapidement avant, le groupe initial se dispersa, ce qui a entraîné la quasi-fermeture du local résidentiel: l'"ambiance" des grandes heures a totalement disparu. Malgré ces conditions, de nouveaux locataires reprennent sans difficulté les logements tels quels; leur rotation serait d'environ 3 à 5 ans.

Se pourrait-il, même, que cette personnalisation des logements les rende plus facilement réappropriables aux nouveaux arrivants? (Nous verrons, au chapitre cinq, que tel est bien le cas).

 

Rouen: la Grand Mare, 1969-1972

Les tenants de la "mécanique parfaite", de l'ajustage précis, ont eu avec l'expérience des immeubles du groupe Jean-Philippe Rameau, à Rouen-la Grand Mare, enfin l'occasion de démontrer les avantages de leur école de pensée: cinq cents logements sociaux métalliques préfabriqués en usine, montés proprement et très rapidement sur un chantier-champignon, pour un coût donné à l'époque légèrement inférieur au prix HLM courant 1969, et un poids cinq fois inférieur à celui de la construction en béton...

Le procédé GEAI, dont la démonstration était faite là, permet une grande liberté de plans, tant en partition qu'en réaffectation d'espaces, ainsi que des façades modifiables. Cette opération a été étudiée par Raymond Fichelet, qui a interviewé 15 familles ayant participé à cette expérience; nous reprenons ici quelques passages de son rapport, en ce qui concerne les témoignages des habitants et le processus de conception46 .

L'OPHLM de Rouen ne semble pas avoir eu, quant à l'évolutivité, de politique d'information des habitants: certains d'entre eux ont appris les possibilités de flexibilité de leur logement par la presse ou par des amis, postérieurement à leur entrée dans les lieux! Plusieurs indiquent que le règlement qui leur avait été remis par l'OPHLM interdisait jusqu'au fait de tapisser les murs (une habitante précise cependant que ceci n'est en rien spécifique à la Grand Mare, le règlement concernant tous les ensembles régis par l'Office d'HLM). Ainsi, bien que les consignes délivrées par l'OPHLM se soient par la suite assouplies (ou spécifiées pour la Grand Mare), il ne semble pas, en tout cas, qu'il y ait eu un encouragement à saisir de la flexibilité.

 

Il semble également que l'OPHLM ait opéré une sélection à l'entrée de la Grand Mare. Le recrutement semble s'être fait parmi des demandeurs d'un certain niveau culturel général ou en matière de construction, dont le niveau de revenus semblait appelé à augmenter dans les années à venir et dont le statut social semblait appelé à s'élever (jeunes ménages de classe moyenne; relativement peu d'ouvriers et de familles nombreuses; enseignants, étudiants; techniciens du bâtiment). Bref, l'OPHLM, bien que n'ayant pas averti les futurs habitants de ce que ces logements avaient d'original, semble avoir choisi la population qu'elle jugeait le plus susceptible de s'adapter à une nouvelle forme de logement, et qui ne constituait pas en tout cas une population HLM typique des années 70. De plus, il semble que les F5 aient été plus difficiles à louer, ce qui a amené à attribuer à certaines familles des logements d'une superficie parfois très supérieure à celle à laquelle la réglementation leur aurait donné droit.

Fichelet constate que, comme à Montereau, on se livre à des transformations du logement d'autant plus facilement qu'on dispose de plus de surface par personne: la quasi-totalité des déplacements de cloisons ont eu lieu dans des familles disposant de plus de 20m2 par personne.

Cette condition est nécessaire mais non suffisante, les usages étant par ailleurs déterminés par les modes de vie, les représentations du logement, de la famille et de la société. Une étude quantitative permettrait sans doute de déterminer la surface minimale au-dessous de laquelle l'habitat évolutif (non agrandissable) ne résout pas de problème de mode de vie particulier dans le logement.

 

De même qu'à Montereau, la localisation de l'expérience de la Grand Mare lui confère aux yeux des habitants un caractère de standing que ne possèdent évidemment pas les HLM des alentours ("cages à lapins"). Les immeubles de la Grand Mare deviennent ainsi des HLM de standing... Leur esthétique "moderne", est signe d'originalité, mais les surfaces vitrées importantes donnent aux habitants des idées d'insécurité (quand ils étaient habitués à la "solidité" du traditionnel). Cette attitude, cependant, peut changer rapidement et céder la place à une acceptation du jeu "dehors-dedans":

"Certains des habitants de la Grand Mare semblent avoir ainsi été amenés à mettre en question leur système de valeurs en matière de logement: l'ancien, le traditionnel, qui représentaient pour eux un espace avant tout sécurisant et protecteur, constituen maintenant un espace fermé, voire confiné, où le dehors et le dedans sont si bien bornés qu'aucun échange avec les autres n'est possible: chacun se retranche le plus vite possible dans son "chez soi" sans adresser la parole à son voisin. L'habitat traditionnel est donc assimilé à un lieu clos, au sens physique et social. Inversement et corrélativement, la Grand Mare apparaît comme lieu ouvert à la sociabilité, un lieu qui, selon les termes d'un enquêté permet d'avoir "des contacts grands comme ça!"... (ce qui est corroboré même par la seule enquêtée qui désire partir de la Grand Mare parce qu'elle ne s'y plaît pas). Le dehors-dedans déborde du champ perceptif: l'accepter devient le signe de l'ouverture d'esprit. Ainsi, certains enquêtés auront-ils tendance à se distinguer nettement des "autres", de ceux qui sont partis, qui n'ont pu s'adapter à ce nouveau cadre, qui n'étaient pas "préparés à habiter là-dedans".

 

"Fichelet rapporte encore que la "différence imaginée entre celui qui conçoit l'intérieur et cet autre qui conçoit l'environnement (et le règlement) correspond bien à ce que nous avons pu noter plus haut: un Office d'HLM fait construire un ensemble de logements évolutifs, n'informe pas les futurs habitants des avantages que présente cette particularité, leur interdit certaines pratiques (laver les sols à grande eau, planter des clous dans les cloisons, fixer des appareils d'éclairage aux plafonds, etc.) sans pour autant leur expliquer ce qui dans la conception des bâtiments, implique au moins certaines de ces interdictions. L'Office prend de plus la précaution de "choisir" ceux qui lui paraissent le plus capables de conserver leur appartement en "bon état" (c'est-à-dire dans son état initial).

En fait, tout semble se passer comme si l'habitant n'était pas apte à savoir, comme si l'on savait mieux que lui ce qui est bon pour lui. En cela, on le réifie, même si c'est avec les meilleures intentions, et le fait que certains habitants de la Grand Mare se sentent flattés de certains aspects du traitement particulier qui est le leur (élitisme) n'y change rien.

 

Il faut cependant souligner que l'attitude originelle de l'Office d'HLM que nous venons d'évoquer semble avoir notablement évolué. Tous les habitants qui disent avoir demandé une autorisation de transformation (jusqu'à des modifications qui dépassent la seule flexibilité interne du logement: percement de portes de communication entre trois appartements mitoyens, par exemple) l'ont obtenue."47

Cette situation paraît extraordinaire, rétrospectivement, après les diverses expériences de logements évolutifs parfaitement accompagnées que l'on a connues par la suite. Et même involontairement pleine d'intérêt: on aurait voulu tester la capacité d'appropriation spontanée des habitants face à l'innovation technologique, ou mesurer des seuils de transgression par à cause dedes plans-types courants, que l'on ne s'y serait pas pris autrement! Sous cet aspect, la Grand Mare constitue l'expérience la plus vaste de non-directivité absolue dans le domaine de l'habitat évolutif, et, si cette approche avait été un élément conscient d'une méthodologie d'observation ultérieure, sa pureté épistémologique rejoindrait celle dont le privilège est réservé aux éthologues étudiant les termitières.

La suite de l'histoire devait montrer, malheureusement, qu'au plan de la gestion, l'intendance ne suivait pas, pis, l'abandonnisme déjà constaté par Fichelet vers 1971-72 était bien l'expression d'une sourde hostilité administrative envers l'innovation sociale, surtout quand celle-ci opère sur la base d'une rationalisation technique: c'est-à-dire quand son évidence risquerait de s'imposer.

La nouveauté du procédé aux yeux du public n'était cependant pas sans poser de problèmes:

"Un tel mode de construction suppose le montage et l'ajustement sur le chantier de tous les éléments du bâtiment. Or, ce qui se "monte" se démonte également. Tout ceci est nécessairement impliqué dans la notion de flexibilité (et inversement: certains laissent entendre que c'est après avoir mis au point le procédé industriel de construction que ses concepteurs se sont aperçus qu'il permettait la flexibilité interne des logements). Abstraitement, démontable et flexible sont équivalents. Affectivement, si le second est positif, le premier apparaît négatif. C'est ce qu'on voit chez une habitante qui à l'occasion d'une réparation, découvre, presque avec terreur, que "tout est démontable" (si elle n'en conclut d'ailleurs pas que tout est "flexible", c'est sans doute que la Grand Mare, pour elle n'est pas, globalement, un "bon" habitat elle s'estime à l'étroit dans un F5 avec 4 enfants et rêve de déménager):

"C'est un grand meccano! (rire). ça aussi, ça m'a surpris. C'est amusant..." [...] "Pour une raison ou pour une autre, avant d'allumer le chauffage, ils ont dû faire des réparations. Et ils ont démonté pratiquement tous les séchoirs, dont le mien. Alors c'est comme ça que je me suis aperçue que, dans le fond... (rire)... si je voulais démonter l'appartement je pourrais le faire! Et tout est comme ça! Mais quand j'ai su ça, je vous assure que j'ai... j'ai tremblé la nuit. Et je... je dois... être... je dois être assez... assez couarde... Mais je me suis demandée si les vis étaient assez vissées! Si ça allait bien tenir. Si ça allait résister. Je me demande si... Oui, il y a forcément des fondations puisqu'il y a des... des sous-sols. Mais enfin, je n'étais pas tranquille. Je n'étais pas rassurée du tout, mon mari s'est moqué de moi. Mais enfin... [...] Quand il pleut, je me demande si ces... si ces boulons ne vont pas souffrir de la rouille... Si c'est assez... assez... si la couche de minium est suffisante. Enfin des quantités de choses comme ça. Mais enfin ça passe aussi avec le temps, ça ne m'empêche plus de dormir".

C'est bien du mode de construction en tant que tel qu'il s'agit et non des défauts de la réalisation."48

Étant donné ces conditions, on est moins surpris de ne pas retrouver de plans adaptés dessinés par les habitants, dans la documentation disponible (il ne nous a pas été possible de retrouver en 1985, parmi les 60 familles revenues habiter à la Grand Mare, des interviewés de l'étude de Fichelet).

L'ignorance initiale du caractère démontable des logements de la Grand Mare chez les locataires a créé des phénomènes de leader d'opinion, de compétence dans un registre de transgression par rapport aux plans-type donnés et d'expression d'un pouvoir d'autoréalisation symbolisé par le "passage à l'acte" du réaménagement. Bref, les gens ont été placés "devant la Loi", dans la situation du personnage de La métamorphose de Kafka, qui, sa vie durant, n'ose franchir la porte dont il n'apprendra que juste avant sa mort qu'elle n'existait que pour qu'il ose la franchir un jour49 .

"A une exception près, les modifications n'ont pas eu lieu dès l'entrée dans les lieux (pas plus qu'à l'occasion d'un changement dans la composition de la famille, d'ailleurs): il faut, tout d'abord, le temps de s'habituer au nouveau logis, puis, lorsque le désir de transformer les pièces émerge, se faire à l'idée qu'il est réalisable, se servir de l'exemple d'autres, etc. On peut donc hésiter un certain temps avant de se risquer dans une entreprise qui paraît aventureuse. C'est ainsi que l'un des participants de la discussion de groupe parlera d'un de ses amis "qui a osé" retourner le placard de son entrée vers la cuisine:

"... Il a osé! c'est un casse-cou! je l'avais connu à l'armée".

C'est en constatant que cela se pouvait qu'il se lance dans la même entreprise. Lorsque cet enquêté raconte son expérience au cours de la discussion de groupe, une participante, transportée, s'exclame qu'elle veut en faire autant..."50

L'évolutivité transgressive parce qu'expressément interdite au départ, et pourtant permise de toute évidence par la nature technique visiblement évolutive du procédé GEAI, et ensuite découverte et tant bien que mal mise en oeuvre par les habitants eux-mêmes, donne lieu ici à un comique au second degré, un peu comparable à celui des complexités de la sexualité victorienne.

On assistait dans la période de découverte par les habitants de la Grand Mare des possibilités de transformation de leur cellule-logement, de façon assez unique semble-t-il, à un processus psychosociologique de différenciation entre ceux qui adaptent leur logement, ceux qui sont tentés mais hésitent, ceux qui n'en ressentent pas la nécessité, etc.:

"Les premiers disent reculer devant la difficulté de l'entreprise ce qui est en partie corroboré par ce que déclarent plusieurs de ceux qui ont effectivement déplacé des cloisons: quatre heures de travail, dit l'un d'eux, ce qui, pour lui exclut l'idée "'une transformation temporaire (agrandir la salle de séjour, par exemple, à l'occasion d'une fête, d'une réception) puisque la transformation et le retour à la "normale" exigeraient au total huit heures de travail. Au nombre de ceux qui désireraient bouger des cloisons et ne l'ont pas fait, on trouve une jeune femme, célibataire, vivant seule dans un F3 et qui, ayant emménagé depuis peu, n'a pas osé demander de l'aide à des voisins. D'autres femmes disent leur mari trop peu bricoleur, etc."

Fichelet a observé, chez ses 19 interviewés, un désir d'avoir un grand séjour, que nous avons noté à Montereau également, de même que le processus de réduction de ce séjour d'apparat au fur et à mesure de la prise de conscience du poids de la quotidienneté, des exigences multiples des divers membres de la famille, initialement confinés dans le territoire résiduel.).

Revisité en 1985, le quartier de la Grand Mare semble en liberté surveillée. Jamais enthousiaste dès le départ, l'OPHLM, après un changement de direction, a suivi une politique de liquidation de l'évolutivité des logements. Comme à Montereau, mais suivant des modalités différentes, le même phénomène de rigidification technique s'est produit à la Grand Mare, à la suite de trois incendies en 10 ans (dont un grave). La réhabilitation anti-feu de ces immeubles a nécessité l'évacuation du quartier, fermé pendant deux ans. L'OPHLM de Rouen a procédé à cette occasion à la mise en conformité des logements de la Grand Mare sur un modèle de plan-type traditionnel.

Les raisons invoquées, en 1985, sont que l'atelier de l'OPHLM était en surcharge de travail pour la remise en état des logements modifiés (notamment les traces des cloisons déplacées aux planchers et plafonds, et l'électricité). Ces modifications ne concernaient pourtant que 5% des logements, et le plus souvent l'agrandissement du séjour, chiffre inférieur à celui d'Orminge-Ouest, deux ans plus tôt, mais vu la différence très marquée du cadre de ces deux expériences, les 5% de Rouen peuvent encore paraître un chiffre appréciable. Contrairement a la tendance suédoise, jamais la séparation cuisine-séjour n'a été supprimée, mais les différences socio-culinaires entre la Suède et la France expliquent aisément le fait (jamais non plus il n'a été touché aux façades de la Grand Mare).

Le coût des remises en état pour l'atelier est d'environ 2500 F par cloison; leur tapissage fréquent constitue d'ailleurs un frein économique aux changements des cloisons.

La position de l'OPHLM de Rouen au sujet de cette opération semble être un amalgame entre évolutivité et danger d'incendie. L'extension des incendies, de type Pailleron, était due à des appels d'air entre les cellules-logement. Des parois coupe-feu ont été installées lors de la réhabilitation, qui mettent fin au caractère agrandissable de ces étages courants. Sont invoqués, outre les cloisons légères, les critiques classiques (mais réelles) des ponts acoustiques et thermiques. L'évolutivité des logements dans le discours de l'OPHLM n'est envisageable, à la rigueur, que pour des copropriétaires ou accédants à la copropriété.

Cette position semble apparemment corroborée par celle d'une soixantaine d'habitants qui sont revenus habiter la Grand Mare et forment le noyau dur d'une association qui n'a jamais, semble-t-il, brisé une lance pour l'évolutivité de leurs logements, dont l'abandon leur a été présenté comme une garantie technique contre le danger du feu. Mais sans doute, leur réinstallation, après l'épreuve subie, dans des logements "solides" et symboliquement devenus "raisonnables" par leur rigidification même participe d'une tendance profondément ancrée à associer, sinon confondre, la sécurité et la stabilité de l'existence avec celle des constructions qui l'hébergent.

Yerres: les Marelles, 1971-1975

L'expérience de 1971-1975 sur cent logements expérimentaux au Val-d'Yerres, dite les Marelles, des architectes B. Kohn et G. Maurios, constituait un progrès évident et un développement logique de l'idée de l'habitat évolutif, et ce sur trois plans essentiels: le plan technique ("flexibilité totale"); le plan sociologique (logement en accession, motivation supposée plus grande des participants); et celui de l'encadrement de l'expérience (protocoles rigoureux, maquette au 1/10e; magnétoscope; simulations grandeur nature des espaces souhaités).

Le principe technique (proche de l'idée du "porteur" du SAR) est celle d'une "structure servante irriguée de fluides", grâce à une préfabrication de trois éléments en béton armé, de poids sensiblement égal (transport...). C'est une structure creuse qui forme un réseau tridirectionnel de gaines.

Les objectifs de cette expérimentation, ambitieuse au plan technico-commercial comme au plan sociologique, étaient à l'époque définis comme suit par leurs auteurs51 :

Objectifs technologiques

  • Construire un modèle de "structure de support" pouvant recevoir des sous-systèmes d'équipements mobiles indépendants;

  • Disposer ces équipements sur cette structure au gré de l'habitant;

  • Décomposer le système de structure en un minimum d'éléments préfabriqués en béton, de même poids, industrialisables;

  • Assembler cette structure d'empilement comme un "meccano", sans utiliser de contreventement vertical.

Objectifs sociologiques

  • Permettre aux acquéreurs de concevoir eux-mêmes le plan de leur logement;

  • Diviser la surface totale des logements en fonction des besoins et des contraintes des occupants;

  • Pouvoir agrandir ou diminuer la surface de son logement par accord de voisinage;

  • Renouveler ces opérations dans le temps sans contraintes techniques;

  • Et enfin, observer quelles sont les motivations des acquéreurs au cours du processus de conception de leur logement.

Hypothèses de recherche

Le processus d'autoconception du plan est-il fondé sur des facteurs essentiels d'ordre psychologique? Le plan est-il la traduction des rapports de hiérarchie, de dominance, de conflit, d'entente, etc., des membres de la famille? Les attentes des concepteurs étaient "la prise en charge par les usagers de l'espace construit adaptable", en 1974: "Tous les détails de ce système ont été étudiés, ce qui permet d'apprécier très rapidement ses possibilités d'évolution, tant dans les phases de conception et de construction que dans la période d'usage. Il est à noter que ces différentes phases ne sesucèdent pas exactement et que, de ce fait, la relation usager-professionnel est modifiée; on voit clairement apparaître dans ce projet la notion d'"assistance architecturale".

Cette assistance architecturale s'est traduite concrètement par:

a) des fonds de plan à grande échelle sur lesquels est imprimé le tramage des mailles (poteaux, chêneaux, éléments dimensionnels...);

b) une maquette au 1/10e leur permettant de simuler leur logement. Cette maquette comprend:

  • un socle formé de 12 mailles + un socle de 2 mailles, pouvant s'ajuster en tous points;

  • tous les éléments de la structure technique (poteaux, chêneaux, plafond, escalier, V.O, terrasses...);

  • tous les équipements et aménagements intérieurs: panneaux de façade, cloisons séparatives et distributrices, sanitaires, cuisine...);

  • deux séries de mobilier (classique et moderne), afin de pouvoir regarder le logement meublé.

c) l'emploi d'un système de magnétoscope permettant de filmer les agencements successifs dans la maquette et de montrer, sur un écran de télévision, l'intérieur de la maquette, comme si la caméra se trouvait dans un appartement en vraie grandeur.

Ces moyens d'aide à la conception sont mis à la disposition des acquéreurs dans trois mailles aménagées spécialement aux Marelles et sont présentés par un psychosociologue dont le rôle est de faciliter l'élaboration du logement. Tous les acquéreurs qui se sont installés aux Marelles font partie d'une tranche sociale se trouvant, d'une part, dans une échelle de revenus située, à l'époque, entre 3000 F et 5000F, d'autre part, dans des catégories socioprofessionnelles très différentes (aussi bien intellectuelles que manuelles). En général, tous les acquéreurs ont verbalisé différemment leurs relations à l'espace.

Dans chaque plan, on retrouve le mode de vie de la famille et la structure des relations des membres entre eux. L'imaginaire a bien fonctionné grâce à l'échelle de la maquette et au réalisme du mobilier".

Dans d'aussi bonnes conditions, on pouvait espérer un succès franc de la formule évolutive, enfin à même de donner tout ce dont elle était porteuse. L'échec commercial qui s'ensuivit n'en est que plus instructif. Ce programme qui était apte à recevoir quelque 100 logements n'aura, en définitive, que 15 acquéreurs qui bénéficieront du processus de vente mis au point et, donc, de la possibilité de dessiner eux-mêmes le plan de leur appartement (par la suite 6 sesont désistés). Cette situation fait suite à une décision du promoteur d'arrêter la commercialisation en "évolutif" moins d'un an après l'ouverture du bureau d'accueil, cette décision étant justifiée au regard du promoteur par la lenteur des ventes. Face à cette lenteur, plusieurs types d'explication ont été données, certaines s'excluent entre elles, d'autres se complètent:

  • la situation conjoncturelle (blocage des crédits);

  • l'absence quasi-totale de publicité en dehors du Val d'Yerres;

  • la carence manifestée par les services responsables vis-à-vis de la presse: seuls quelques journaux ont parlé de cette expérience, ce qui n'a pas contribué à la faire connaître;

  • les couleurs des panneaux de façade jugées peu satisfaisantes par certains, agréables par d'autres;

  • l'accueil: l'absence de décoration et de chaleur du bureau d'accueil, ainsi que le vide des mailles nues, n'étaient pas propres à désamorcer l'angoisse d'un néophyte face à cette expérience;

  • l'absence d'espaces verts lors de la commercialisation donnait un aspect un peu chaotique à l'ensemble;

  • le retard dans la livraison des appartements.

L'arrêt prématuré de cette expérimentation est d'autant plus regrettable que l'opération sera désormais commercialisée en "traditionnel": les futurs acquéreurs n'auront plus la liberté de déterminer eux-mêmes leur plan52 .

A la différence des deux premières expériences françaises, celle des Marelles, qui pourtant en avait intégré les enseignements et au-delà, a essentiellement échoué sur la commercialisation; c'est-à-dire que la faille s'est présentée précisément là où on attendait l'avantage décisif d'une meilleure appropriation offerte aux usagers... qui était bien réelle, mais ne s'accompagnait pas d'une appropriation symétrique de la part des gestionnaires, pour lesquels cette nouveauté n'a apporté que des désagréments. On peut supposer de façon générale que, dans l'esprit des gestionnaires, une certaine autogestion ne peut manquer de provoquer des mouvements d'une redoutable ambivalence: si celle-ci fonctionne, ils se retrouvent dans le rôle ingrat des parents dont les enfants grandis n'ont plus guère besoin... tout en commettant les nécessaires bêtises de toute initiation; et si elle ne marche pas, les gestionnaires seront en surcharge par rapport au travail prévu. Cette remarque, qui peut paraître inutile aujourd'hui, est à replacer dans le contexte post-soixante-huitard des expériences d'évolutivité du logement pour reprendre sens.

 

Le problème "commercial" des Marelles semble être, en fait, un avatar du passage malaisé au réel d'un élan de générosité très genre "sous les pavés, la plage", notamment en ce qui concerne l'incidence économique de cette architecture des porteurs. Chez Habraken (dans son livre, en 1960), il est clair que la "collectivité" gère les porteurs, et les individus gèrent leur cellule-logement.

Donc, le caractère évolutif de l'habitat évolutif habrakien est garanti par la propriété collective de ces porteurs, terrain artificiel certes mais terrain géré comme tout autre terrain. Il faut ici mentionner le fait peu connu que les Pays-Bas ont procédé, à la Libération en 1945, à la municipalisation du foncier (y compris la terre de culture et d'élevage) en de nombreux endroits: pendant longtemps, ce pays tranquille et bourgeois a partagé cette caractéristique avec la seule république populaire de Chine. Un certain écart existe donc clairement entre les représentations d'Habraken écrivant Les porteurs et les hommes en 1960, et les commerciaux des Marelles irrités par les espaces de réserve que les architectes ont visiblement ménagé autour des logements dessinés par les 15 participants à l'expérience évolutive. Le conflit semble donc s'être cristallisé significativement sur ce no man's land entre individu et société qu'étaient les espaces potentiels des familles, et non pas les espaces collectifs. La SCIC semble à l'époque avoir manqué la découverte de la spéculation foncière sur les terrains artificiels.

Visitées en 1985, les Marelles constituent pour l'oeil une surprise agréable; les espaces plantés, la végétation y est impeccable, la volumétrie des bâtiments crée des espaces où une petite promenade est un plaisir. Quelques habitants, interrogés en train de soigner leurs rosiers, ou rentrant chez eux, ignorent totalement que leurs logements sont évolutifs. A cette date, un F3 coûte 1800 F de charges par trimestre; leur prix est d'environ 3800F/m2 (d'après une annonce de vente). Ce prix modeste est certes dû à l'éloignement de Paris, mais aussi aux malfaçons techniques d'étanchéité, en façade et en terrasse.

Le chauffage par le sol a entraîné les déboires classiques rencontrés partout à cette époque.

Plus spécifique de la problématique évolutive sont les plaintes concernant la superposition des logements différents: certains séjours se trouvent au-dessus des chambres du voisin, des salles d'eau sont au-dessus des séjours, etc.

Au plan acoustique, le mode de vie des voisins devient d'autant plus intrusif que son intimité se manifeste sur l'axe vertical... (mais dans les tours à plans-types identiques on recueille les plaintes inverses: tout le monde fait la même chose au même moment, etc., effet de sérialité tout aussi intrusif53).

 

Enfin, comme dans les autres immeubles expérimentaux, (mais cette orientation est parfaitement banale au plan national), les habitants désirent revendre pour vivre en pavillon classique.

L'évolution de l'évolution, 1975-1993

La période ultérieure a vu plusieurs tendances de l'habitat évolutif, reflétant chacune certaines des contradictions internes de la problématique générale esquissée plus haut.

Les tenants d'une modernité issue des CIAM et prolongée dans divers mouvements militant pour l'architecture mobile et spatiale des mégastructures (modèle Alger 35 hypertrophié) avaient déjà définitivement quitté le plancher des vaches avec les trames tridimensionnelles de Friedman (satisfaisant par là peut-être une vocation rentrée d'aviateurs: on sait que de Saint-Exupéry ne supportait de vivre à Paris que dans de vastes appartements avec terrasse au dernier étage, en plein ciel, et, jamais satisfait, il en changeait souvent). Ces continuateurs de l'idéologie de la "mécanique parfaite" des constructions tout-métallique et High-Tech se sont souvent privés de l'atout décisif qu'auraient pu constituer quelques références, même de pur principe, au logement traditionnel, qui, même perché dans un tel système spatial (avec une adresse personnelle en trois paramètres, sans doute), aurait apporté l'élément humain qui manquait dramatiquement à leurs projets pour rendre de telles solutions simplement agréables à imaginer (ce que Le Corbusier avait, lui, pris soin de montrer dans son projet pour Alger: les maisonnettes, la diversité, etc.). Dans ces mégastructures, le triomphe technologique sembla culminer un moment dans la réduction du logement à une capsule minimale, dont la mobilité supposée flirtait avec les images encore neuves de la conquête des galaxies. De telles structures ont reçu un début d'expérimentation, en tant qu'utiles aux maîtres d'ouvrage, qui pourront remplacer un jour les capsules par de nouveaux modèles plus avancés (notamment dans l'hôtel japonais de l'architecte Kurokawa).

Indicateurs sensibles de l'air du temps, les artistes n'ont pas failli à leur rôle, et pendant presque deux décennies, l'artiste hollandais Constant Niewenhuis du groupe "Cobra" (Karel Appel, etc.) a imaginé des situations dans une telle mégastructure mobile en permanence, qu'il appelait "New Babylon".

A la même période, le groupe Archigram prévoyait pour 1990 un mode de vie semi-nomade, dans des capsules abritant les différentes fonctions d'un seul logement: du camping en appartement.

Ces utopies étaient à leur époque à l'opposé exact de celles des premiers écologistes post-soixante-huitards, telles que "l'An01" du dessinateur français Gébé ("on arrête tout, et c'est pas triste! "). D'autre part, même si la crise économique actuelle était inimaginable à l'époque, le choc pétrolier de 1973 et les suivants sonnèrent le glas du consumérisme d'abondance. Les économies d'énergie, mais aussi un repli plus profond sur des idéologies défensives qui annonçaient déjà l'actuelle "crise de la modernité", devaient mettre fin aux utopies conquérantes, sans doute pour longtemps. Le slogan "small is beautiful" eut des répercussions dans le logement social français sous la forme de "chalandonnettes" (certaines inférieures en surface à des logements ouvriers du XIXe siècle).

La destruction en 1987 à Wulfen de la plus importante expérience allemande de flexibilité, le "système Métastad" fut saluée comme un naufrage de l'évolutif par la revue Archi+ (un équivalent du dynamitage des blocs de Pruitt Igoe à Chicago, que Charles Jencks a décrit comme sonnant le glas du Moderne et l'avènement du postmoderne).

C'est bien une réaction écologisante qui, en Hollande avec les "provos", détournera l'attention des grands projets technicistes vers "la convivialité", symbolisée par la réhabilitation de quartiers traditionnels promis à la hache des héritiers des CIAM (le quartier Jordaan à Amsterdam et l'action des squatters, qui se propagea rapidement en Allemagne, à Berlin principalement).

 

Différents courants libertaires, autogestionnaires, etc., devaient donner naissance à la participation (ou plutôt la retrouver: Michel de Klerck, au début du siècle, avait déjà réalisé des logements ouvriers à Amsterdam en concertation avec des délégués des habitants). La jonction de cette révolte de la base avec des ex-technocrates éclairés du SAR se fera naturellement, car, hollandais eux aussi, ils n'ont pas eu à attendre le mai 68 français pour situer la demande sociale; et Habraken a pu dire de l'immeuble anarchisant de Lucien Kroll La Mémé, à Bruxelles, que c'était la meilleure expression de ce qu'il entrevoyait en 1960 en écrivant son livre...

Ce mouvement participationniste, suivant en cela l'élargissement du cadre opéré par Alexander et le SAR post-habrakien, se sont emparés de l'urbanisme et ont délaissé les problèmes de la cellule familiale, sinon au plan de l'habitat pavillonnaire (adapté au départ, plus ou moins "évolutif" après coup: vernaculaire, en somme).

 

La dissolution progressive de la problématique de l'évolutif en ces différentes tendances, sa reprise partielle dans la "participation" des habitants tendent à rétrospectivement faire confondre habitat évolutif et industrialisation ouverte. Ainsi, le considérable bilan des REX du plan Construction et Architecture qu'ont dressé Maitino et Sompeirac, de l'ARP54, fait état de notre objet en ces seuls termes (qui le font quasiment passer au domaine de l'archéologie):

"Quant aux systèmes d'industrialisation ouverte, ils ont été en mesure d'être confrontés aux différents types d'habitat (l'habitat dit flexible, mais aussi les immeubles de ville, les individuels, les semi-collectifs) et aux exigences d'expression architecturale" (p. 270).

 

Christian Moley55, pour sa part, consacrait à l'évolutif un chapitre très complet de son ouvrage typologique de 1978. Il estimait essentiellement que les opérations évolutives se soldaient par un sous-emploi de la flexibilité; par une reproduction "à quelques détails près" de plans-types courants dans le logement social; à des surcoûts élevés. En outre, le principe même se heurtait à la difficulté d'une conception architecturale permissive, et débouchait sur l'écueil de la façade ouverte. Ces expériences avaient, cependant, permis de développer des techniques intéressantes de distribution des fluides (par Georges Maurios, notamment).

Ce bilan plus que mitigé fermait une période pendant laquelle la France avait connu, après les trois opérations décrites plus haut, un certain nombre d'autres expérimentations de logements évolutifs.

Le principe de Montereau a été essayé à Bordeaux-le Lac par les frères Arsène-Henry; à Stains par Solvet-Mougenot et à Villiers-St-Paul par Prouvé; celui des Marelles devint le "modèle innovation Cuadra", dont Schneider proposa une variante nettement restreinte et sans aide à la conception, le modèle "StructureAccueil". B. Schoeller a recentré la flexibilité plutôt pour les besoins du maître d'ouvrage à Cergy-Pontoise (Modèle EVO 75).

Des formules d'adaptation partielle ont été proposées: adaptabilité restreinte au séjour (modèle "plateau libre", 1975), ou aux chambres (SCHEME, 1972: une réalisation à Épinay... où les cloisons mobiles ont été abandonnées pour problèmes de coût supérieur à 1000 F par logement).

 

Le modèle Piazzeta de Ricordeau a fait l'objet d'une expérience à Reims (ZAC de Murigny, maître d'oeuvre l'Effort Rémois), il s'agit du simple choix d'une solution de plan parmi plusieurs possibilités, certes astucieuses quant aux circulations. Dans une déclaration caractéristique pour l'époque, G. Maurios se rallia un temps à cette formule:

"[Les cellules actuelles] correspondant en effet à des modèles culturels qu'on s'efforce de reconnaître. La plus grande variété possible de plans, induite par l'organisation urbaine du projet doit finalement permettre à chaque habitant de trouver satisfaction, par le simple choix du logement le plus adapté. Au bout du compte, il y a suffisamment d'angles, de ruptures, de retournements, de continuités, de décalages, de déformations, d'alignements, pour qu'une grande variété de plans de cellules surgissent."

Cette tendance, qui répond au problème de l'adéquation entre la demande des habitants et leur habitat non par le caractère évolutif des logements, mais par le polymorphisme accru de l'offre de cellules rigides, deviendra de plus en plus assurée jusqu'à s'imposer avec les "étoiles" de Renaudie (l'immeuble Danièle-Casanova à Ivry) et l'immeuble "troglodytique" de Kalouguine à Angers. Il semble possible d'affirmer qu'elle ne domine plus aussi largement aujourd'hui.

 

Dans cette période, et semble-t-il en réaction aux expériences de logement évolutif, on verra une contre-attaque de ce logement rigide diversifié, dont on espérait que l'intelligence du plan et la sophistication réelle des espaces "ambigus" et "complexes" emporterait l'adhésion des usagers, du moment qu'il y en avait pour tous les goûts. L'idée étant, non sans raison, qu'il faut de tout pour faire un monde, la diversification architecturale du logement social a atteint effectivement un degré de différenciation très poussé par comparaison à la situation de l'époque des grands ensembles. Il n'est cependant pas du tout certain que cette offre, aussi vaste soit-elle, même si sa diversité est (entre autres) une retombée de la stimulation des expériences d'évolutif, parvienne à remplacer cette formule qui est fondamentalement différente dans son principe d'appropriation même, et partant, s'adresse à un autre registre des significations de l'habiter que celui d'un logement donné d'emblée.

 

L'évolutif n'est pas, en effet, un habitat mais un processus d'habiter. Il remplace l'acte de choisir un logement offert tel quel, c'est à dire un travail de lecture des intentionnalités d'usage et d'existence que l'architecte y a projetées, par un travail sur soi, sa famille et son devenir. Ce travail installe tout autrement la durée, la temporalité et donc le projet de vie au centre des préoccupations dans l'acte d'aménager activement une cellule de logement. Même si cela peut à certains égards paraître une conquête dérisoire, il faut bien en admettre la force de symbolisation d'une volonté de maîtrise sur son existence.

 

L'analyse de l'EUROPAN France 89, par M. Eleb56 c.s. montre la grande vivacité de la formule évolutive dans l'esprit des jeunes architectes. Eleb se pose la question d'une "démission supplémentaire" de ces jeunes architectes face à la réflexion sur le mode de vie des familles: leur donner la liberté au lieu d'innover eux-mêmes... Si cette remarque paraît très fondée en ce qui concerne la pédagogie de l'architecture (il est en effet trop facile de proposer du vide en lieu et place d'une réflexion!), elle l'est moins quand elle se donne comme un jugement de valeur généralisé: de grands pionniers de l'architecture moderne, on l'a vu dans notre recension, n'ont pas dédaigné de proposer des solutions évolutives au problème de la conception des cellules. Dans leur texte suivant (La distribution et le mode vie aujourd'hui, PCA 1990), les même auteurs reprennent la question de la diversification des cellules.

Dans le programme Banlieue 89, et de façon générale dans l'ensemble du mouvement de réhabilitation des logements sociaux frappés de vétusté, on a assisté à une multiplicité d'extensions et agrandissements des logements, qui, pour être de l'adaptation après-coup, n'en renforcent pas moins l'évolutif comme courant d'idées, surtout là où les architectes ont su faire évoluer des bâtiments aux formes se voulant définitives dans leur simplicité géométrique.

 

Les vénérables cloisons coulissantes ont également été remises au goût du jour, de façon beaucoup plus modeste (ou réaliste) que dans la maison Schröder de Rietveld (ou dans la minka japonaise). C. Moley, dans son ouvrage déjà cité, ne mentionne pas la cloison coulissante entre les deux chambres d'enfant des cellules de l'Unité de Marseille parmi les "détournements" servant à donner l'illusion d'espace qu'il fustige dans l'expérience de Villepinte; c'est pourtant chez Le Corbusier (1945) que l'on retrouve les cloisons coulissantes, familières dans un grand nombre de logements anglo-saxons et hollandais du début du siècle. Leur émergence la plus significative en France semble l'avoir été dans les modèles "Salamandre", et "Solfège". Le premier est d'ailleurs dû à Amedéo et Wogenscky (dont on connaît la filiation corbuséenne directe). Dans la REX de La Baleine, à Chatenay-Malabry, la cloison coulissante a de nouveau montré que malgré sa modestie cet agencement permet de réguler déjà bon nombre de situations diverses des pratiques d'habitation .

A Reims, l'Effort Rémois a construit une REX issue de l'EUROPAN 3, dans laquelle la cellule la plus intéressante comporte deux cloisons coulissantes, et un séjour qui peut être divisé en trois espaces: un, central, pour la collectivité (familiale ou autre), et les deux à chaque extrémité pouvant être appropriés à des degrés variables, par les usagers des deux chambres attenantes.

En 1987 on voit à Amsterdam une interprétation hollandaise de la minka, dans laquelle quatre cloisons coulissantes répartissent toute la maison: cloisons ouvertes, celle-ci devient un seul grand espace. Souvenons-nous de la petite remarque, lourde de conséquences, formulée par Edith Girard selon laquelle les volumes des cellules du logement social sont insuffisants pour vraiment faire de l'architecture, et on comprend mieux ce qui peut attirer des architectes dans les cloisons coulissantes.

Une très grande cloison pivotante a été également utilisée par les architectes de Canale 3, pour leur projet primé du concours "1500 logements pour la Poste". Celle-ci, espère t-on, permettra de moduler l'espace en trois versions: il peut soit dégager tout l'espace libre en se rangeant contre l'unique cloison et créer alors un faux deux-pièces; soit isoler une pièce en se fixant en diagonale; soit pivoter à 90deg. pour fermer trois espaces différenciés.

Les espaces de réserve, comme aux Marelles, constituent une des tendances de la flexibilité. Les "plans à surface variable" de M. Autogué de 1973, dans lesquels un espace en réserve pouvait, selon des procédures à déterminer ultérieurement, être annexés par l'un ou l'autre des deux voisins mitoyens, n'on pas, à notre connaissance, abouti à des réalisations. Mais un an plus tôt, en 1972, l'équipe de l'Atelier BCDE avait été lauréate du PAN 2 avec une idée très proche, "l'espace de décompression".

Dans un bâtiment de quatre niveaux, BCDE avait imbriqué des volumes sous plafond à 235 cm avec des volumes sous 320 cm. Il en résultait des niveaux intermédiaires associés soit au niveau inférieur, soit au niveau supérieur. Il s'agissait de flexibilité verticale, à la disposition du maître d'ouvrage l'OPHLM de Reims. Dans la pratique, ces espaces de réserve se heurtent à la gestion: à qui sont-ils? Qui faire payer? Ces considérations les font presque d'emblée intégrer l'une ou l'autre des cellules mitoyennes, et c'est la fin de la flexibilité potentielle. Un exemple plus récent est celui de la REX de Morsang sur Orge, qui a servi d'objet d'étude à J.-J. Lyon-Caen pour les aspects juridiques et réglementaires (exposés à la fin du chapitre V).

 

Aux Pays-Bas, l'expérience de Tiendplein, Rotterdam: reprend l'idée des espaces de réserve: 97 logements répartis en huit unités alliant quelques appartements de typologie fixe satisfaisant des demandes particulières, et d'autres à l'intérieur desquels le nombre de chambres peut augmenter ou diminuer à la demande (groupe Mecanoo).

Les concept de "bande active" (Yves Lion) et celui de "façade épaisse" sont propices aux solutions constructives évolutives: la façade, élément architectural indépendant, est déconnectée de la disposition intérieure des pièces (Robert et Brighi, PCA 1980).

En Allemagne les formules évolutives et flexibles ont été expérimentés avec succès en 1972 à Munich, dans la réalisation de Steidle et associés. Il s'agit d'un petit ensemble de logements autour de services collectifs de très grande flexibilité horizontale et verticale, analogue à l'expérience française des Marelles. Le système constructif en attente d'extensions lui confèrait déjà un aspect High-Tech.

 

Cette période d'évolution du concept de la flexibilité et du logement évolutif culmine, à nos yeux, avec la proposition du groupe SITE en 1981 de regrouper verticalement "les idiosyncrasies" individuelles, en empilant les pavillons de la classe moyenne américaine dans des porteurs urbains57. Connaissant le maniement de l'ironie par le groupe SITE, il semble bien que cette version du Plan d'Alger ne soit pas autre chose qu'un regard plein de dérision porté sur la culture américaine des suburbs pavillonnaires: comment persuader ces pseudo-ruraux que la ville est bien le centre de notre civilisation? Réponse, en stockant les pavillons (comme auparavant les voitures dans les garages automatiques). Pour ludique qu'il soit, ce projet n'en pose pas moins une question qui nous semble psychologiquement importante, et que nous avons commencé à aborder dans notre approche de la verticalisation. Est-il supportable de jardiner sur du terrain artificiel? De ne pas avoir le vrai ciel au dessus de sa tête? Cette dé-monumentalisation peut-elle séduire au delà du clin d'oeil?

Cela semble possible en tous cas à Berlin, où Otto Frei a en effet construit un tel empilage de maisons individuelles (mais il n'a pas été jusqu'au casier hébergeant des pavillons avec leur propre toit).

 

Notes :

 

1 PAN : Programme Architecture Nouvelle (concours d' idées destinés à faire connaître de jeunes architectes. Lancée en France il y a vingt ans, la formule a connu un succès tel qu' elle fut reprise au niveau européen : les EUROPAN).

 

2 REX : Réalisations Expérimentales

 

3 in : Techniques et Architecture, n° 321, novembre 1976, pp.73-79.

 

4 Royon, M., 1989, " L'avenir de l' industrialisation de la construction par les composants compatibles ", in : Logiques de l' habitat, Revue Espaces et sociétés n 52-53, l' Harmattan.

 

5 Oxman, R., 1977, Flexibility in Supports, (thèse), Haïfa.

 

6 Fassbinder, Helga, Eldonk (van), Jos, 1990, Flexible Fixation, the paradox of the Dutch housing architecture, van Gorcum.

 

7 Eleb-Vidal, Monique, 1989, Debarre-Blanchard, Anne (Perrot, Michelle, introd.), Architecture de la vie privée : maisons et mentalités : XVII-XIXe siècle, Bruxelles, Archives d' architecture moderne, 1989, 311 p., ill.

Eleb-Vidal, Monique, 1990, Châtelet, Anne-Marie, Garcias, Jean-Claude, ; Mandoul, Thierry, Prelorenzo, Claude, L'habitation en projets : de la France à l'Europe : Europan France 1989, Bruxelles, Liège, P. Mardaga, 147 p., ill.

 

8 Léger, Jean-Michel, 1990, Derniers Domiciles conus, enquête sur les nouveaux logements 1970-1990, Créaphis.

 

9 Hamburger, B. et Vénard, M., 1976, Série industrielle et diversité architecturale, Doc. Française.

 

10 Bulldoc N°42, mai 1972, p.119, et Bulldoc n°44, août 1973, pp.1-42.

 

11 Leroi-Gourhan, André, 1984, " Demeure : "espace construit dans lequel on vit" ", in : Corps écrit n°9, La demeure, PUF.

Voir également : Jourdan, L, 1987, Des peaux de renne, du fil et une aiguille... : essai de reconstitution d' un habitat magdalénien, éd. CNRS, Paris.

Voir également Rapoport, Amos (éd.), 1976, The mutual interaction of people and their built environment, Mouton.

 

12 Cuisenier, Jean, 1991, La maison rustique : logique sociale et composition architecturale, PUF, pp.67-119.

 

13 Le Corbusier, 1923, Vers une architecture, Vincent Fréal, 1958, pp.54-55.

 

14 Métraux, Alfred, 1946, Les Indiens de l' Amérique du Sud, Métailié 1982, pp.31-33.

 

15 à ne pas confondre avec le mouvement Moderne : cf. la plaidoirie de Bruno Zevi, dans les Conclusions.

 

16 Periáñez, M., 1993, Espace superflu, espace nécessaire : la REX de logements de très grande surface de Saint-Ouen

 

17 Giedion, S., 1941, Space, Time and Architecture, Harvard, p.258.

 

18 Giedion, S. 1941, op. cit. p.260.

 

19 Rudofsky, B., 1964, Architecture sans architecte, Chêne 1980.

 

20 Richter, H.E., 1970, Psychanalyse de la famille, Mercure 1971.

 

21 Drummond, D., 1981, Architectes des favelas, Dunod, pp. 44-63.

 

22 Rapoport, Amos, 1969, Pour une anthropologie de la maison, Dunod, 1972, p. 175.

 

23 de Michelis, Marco, 1979, " Ville fonctionnelle, ville soviétique ", in : URSS 1917-1978, la ville l' architecture, pp.92-140, L' équerre.

 

24 Terme que nous empruntons à C. Castoriadis, car il possède l' avantage sur celui, classique, de " représentations sociales " de faire de surcroît référence à la vie psychique, au fantasme et au mythe.

 

25 Verret, M., 1979, L'espace ouvrier, Armand Colin, p.139.

 

26 Wolfe, T., 1981, From Bauhaus to our House, Mc Graw Hill, Londres.

 

27 Morin, Edgar, " Le socialisme en ruines ", in : Le Monde, 21/4/93.

 

28 Feyerabend, Paul, 1979, Contre la méthode: esquisse d'une théorie anarchiste de la connaissance, Seuil.

 

29 Le " narcissisme des petites différences ", dont parle Freud.

 

30 O'Flaherty, W., 1980, Women, Androgynes and other mythical Beasts, Chicago Press.

 

31 Moget, F.-P., 1985, Villas-immeubles, immeubles-villas, un genre?, EAPV, 87p., catalogue.

 

32 Habraken, H.J., 1961, De dragers en de mensen, Amsterdam.

 

33 Tafuri, M, 1979, Projet et Utopie, Dunod, p.108.

 

34 Friedman, Y., 1970, L architecture mobile, Casterman.

 

35 Wright, F.L., 1954, The Natural House, Mentor book, 1963, p.17.

 

36 Jourdain, F., 1889, cité par Jarreau, Ph., in : Du bricolage : archéologie de la maison, CCI, 1985.

 

37 Bofill, R., 1976, " Du logement en prêt-à-porter au logement rêvé ", in : Techniques et Architecture, n°312, janvier.

 

38 Heinrich Engel, The japanese house, a tradition for contemporary architecture, Rutland-Tôkyô : Charles E. Tuttel, 1964, p.79.

 

39 Century Housing System Coordination Guidebook, Center for Better living, Tôkyô, 1982.

 

40 Krantz, B., 1976, " L'expérience suédoise ", Cahiers du CSTB n°167, mars 1976.

 

41 Bakema, J.B., 1964, Van stoel tot stad, W. de Haan, Rotterdam.

 

42 In : Techniques et Architecture, n°311, 1976.

 

43 Conan, M., 1989, " Urgence des recherches sur la conception architecturale ", in : Architecture et comportement, Vol.5, n°3, pp.215-231. Conan, M., 1987, La prospective et la conception de l' habitat, CSTB, pp.37-57.

 

44 Periáñez, M., et Routon, M., 1972, Les logements à plans adaptables de Montereau-Surville, Assoc. Anthrop. Appliquée, Paris.

 

45 Periáñez Manuel, 1986 : l'expérience de Vauréal (la dynamique des acteurs dans une REX de participation des habitants à la conception de leur futur logement), CSTB.

 

46 Fichelet, M. et R., 1973, Le logement évolutif, SERES.

 

47 Fichelet, M. et R., 1973, op. cit.

 

48 Fichelet, M. et R., 1973, op. cit.

 

49 Kafka, F., 1912, " Devant la loi ", in : La métamorphose, Gallimard 1955.

 

50 Fichelet, M. et R., 1973, op. cit.

 

51 Lors des journées CSTB sur la flexibilité, en 1975, cf. cahier du CSTB 167, 1976.

 

52 Maurios, G. et Herrou, M., 1976, " les Marelles, une structure servante irriguée de fluides ", les Cahiers du CSTB n°167, mars 1976.

 

53 Periáñez, M. et Desbons, Fl., 1975, La signification de la gêne attribuée aux bruits dans l'habiter, CEP.

 

54 Maitino, H. et Sompeirac, A., 1985, Les architectures du logement social 1978-1984, ronéoté, A.R.P., juin.

 

55 Christian Moley, 1978, L'innovation architecturale dans la production du logement social, plan Construction, pp.46-74.

 

56 habitation en projets, PCA.

 

57 " Des maisons en casiers ", L'Architecture d'Aujourd'hui, n°217, octobre 1981, pp.62-65.

 

58 Posener, J., 1932, " L'exposition Air, Soleil, Maison pour tous ", in : L'Architecture d'Aujourd' hui, no 6, p. 25.

 

59 Clayssen, D. et Hourcade, Cl., 1979, " Vers une approche de l'évolutivité en tant que terme architectural ", Techniques et Architecture, n°321, novembre.

 

60 Posener, J., 1932, op. cit.

 

61 Biriotti, R., 1980, Habiter l'Hautil.

 

62 Berty, A. et Decourcelles, J.-P., 1984, La maison qui grandit avec la famille, dossier MULT, novembre.

 

63 Friedman, Y, 1978, L'architecture de survie, où s'invente le monde de demain?, Casterman.

 

64 Rapoport, Amos, 1969, Pour une anthropologie de la maison, Dunod, 1972, pp. 178-179.

 

65 Periáñez, Manuel, 1986 " Quelques perspectives d' interprétation psychanalytique sur la relation entre architecte et client ", in : Conan, Michel, 1986, Suivi de processus de conception expérimentale : analyse de la conception architecturale à l'oeuvre dans des expériences entre des habitants et des architectes, CSTB.

 

66 Lassus, Bernard, 1974, " De plus à moins ", Nouvelle Revue de Psychanalyse, n°9, Gallimard.

 

67 Routon, Michel, 1978 : La métamorhose architecturale - le cas de l' habitat collectif, Thèse pour le Doctorat de 3e Cycle sous la direction de M. Henri Raymond, Université de Paris X - Nanterre.

 

68 ABAC, 1984, Etude sur les spécificités des logements élaborés avec les habitants, plan Construction et Architecture.

 

69 Woolley, Thomas, exposé de son livre par Michel Conan, op. cit.

 

70 Periáñez Manuel, 1986 : L' expérience de Vauréal (la dynamique des acteurs dans une REX de participation des habitants à la conception de leur futur logement), CSTB.

 

71 L'Architecture d'aujourd'hui, n°220, avril 1982, p.66.

 

72 Chaplain, J.M., Malet, H., Vacher, 1985, Adéquation entre conception et usage de l' habitat, BETURE/SESAME.

 

73 Periáñez Manuel, 1986, op. cit.

 

74 Kroll, Lucien, 1984, " L' organique est plus fertile que le calculé ", in Revue H, n°93, février : Histoires de participer.

 

75 Cf. J.-J. Lyon-Caen et E. Courdurier, Les obstacles réglementaires au développement évolutif-locatif, Analyse des REX de Belfort et Morsang. Propositions. plan Construction et Architecture et Architecture, rapport juin 1991.

 

76 Cf. Rapport juin 1991, IIIe partie p.29.

 

77 Cf. Morsang sur-Orge, avec cooptation préalable des locataires et participation à la définition des plans des logements, rapport juin 1991, p.7.

 

78 Riegl, Aloïs, 1903, Le culte moderne des monuments, son essence et sa genèse, Seuil, Paris, 1984.

 

79 Métraux, A., op. cit., pp.104-106.

 

80 Couchard, F., Lugassy, F., Palmade, J., 1970, La dialectique du logement et de son environnement, MEL, page 36.

 

81 Bourdieu, P.L, 1972, " La maison ou l' ordre renversé ", in : Esquisse d' une théorie de la pratique, Droz, pp.45-69.

 

82 Rapoport, Amos, 1969, op. cit., p. 174.

 

84 Manuel Periáñez, 1985, Le jeu-test APM : Architecture, Psychanalyse, Morphologie, CSTB (avec I. Marghieri, P. Sechet).

 

85 Paul Chemetov, 1992, La fabrique des villes, éditions de l'aube, p. 154.

 

86 dans le chapitre sur le logement évolutif, in : Transformation de la famille et habitat, INED Cahier N°120, PUF, 1988.

 

87 Pierre Merlin reprend le problème dans son dernier livre La famille éclate, le logement s'adapte, Syros/Alternative, 1990.

 

88 Todd, E., 1990, L' invention de l'Europe, Seuil, pp.29-30.

 

89 Eiguer, Alberto (éd.), 1978, La thérapie psychanalytique du couple, Dunod, coll. Inconscient et Culture.

 

90 Vauréal, op. cit.

 

91 Henri Raymond, " L' architecture ou l' habiter ", in Techniques et Architecture, n°357, décembre/janvier 1985.

 

92 Concept cher à Jacqueline Palmade, mais auquel Castoriadis opposait récemment l' exemple des Tziganes vivant fort bien sans un tel mécanisme : on a vu plus haut que Métraux avait déjà signalé la cas étonnant des Ona. L' étayage de l' identité par l' habiter semble certain, mais limité à certaines cultures et époques, dont peut-être la nôtre — qui pourrait changer sans crier gare...

 

93 Zevi, Bruno, 1981, " Les cinq imbrogli du post-modernisme ", Techniques et architecture.

 

94 Huet, B. in: Construire pour Habiter, pp.72-75.

 

95 Isabelle Marghieri, " Innovation et qualité d' usage ", in Habitat 88, Idées bâties, pp.94-103.

 

96 Gaudin, Th. (dir), 1990, 2100, récit du prochain siècle, Payot, pp.330-333.

 

97 Chemillier, P., " Comment construira-t-on les bâtiments en France en 2025? ", in : Techniques et métiers de la construction, perspectives, PCA 1992, pp.13-42.

 

98 Edith Girard, 1974, " Enfin libres et soumis!—", L' Architecture d'aujourd' hui, n°174, juillet, pp. 10-17.

 

99 Veblen, Thorstein, 1895?, Théorie de la classe de loisir, Gallimard, 1978.

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