20-12-2025
L’habitat participatif », quand les
institutions militent
Claire Carriou et Anne D’Orazio - 2015
Source:
https://journals.openedition.org/socio-anthropologie/1939
Mots-clés : habitat participatif, institutionnalisation, militantisme,
action collective, coopération
Keywords: Cohousing, Institutionalization, Activism, Collective Action,
Cooperation
Au cours des années 2000 en France, on a assisté à l’émergence d’initiatives
militantes visant à concevoir, produire et gérer le logement avec ses habitants.
Aujourd’hui la thématique de «
l’habitat participatif » semble avoir quitté le seul registre des mobilisations
pour faire son apparition dans l’agenda politique. L’article se propose
d’analyser les dynamiques et interactions qui ont alimenté ce processus
d’institutionnalisation. Il montre que celui-ci est le produit d’une coalition
entre espace militant et espace politique, associés conjoncturellement par des
intérêts croisés. L’alliance avec les pouvoirs publics est à lier à la stratégie
de « courte échelle » offerte par les élus verts qui ont eu besoin de se trouver
des interlocuteurs parmi les militants pour conduire leurs politiques et se
légitimer en tant que nouveaux acteurs publics aux prises avec le pouvoir. La
pratique des acteurs publics s’apparente ici à celle de groupes d’intérêts voire
de militants dans le jeu des « entrepreneurs de cause ».
À partir des années 2000 en France, on a vu fleurir au sein de l’espace militant
un essaim d’initiatives alternatives portées par des groupes et associations
destinées à concevoir, produire et gérer l’habitat avec ses occupants. Ces
expériences sont alors qualifiées selon les cas « d’habitat groupé », «
écovillage », « cohousing » ou encore « coopératives d’habitants » et présentent
des formats et montages divers, à chaque fois réinventés (Bacqué et Biau, 2010).
Depuis, la thématique de « l’habitat participatif » – pour reprendre
l’expression désormais consacrée – semble avoir quitté le seul registre du
militantisme pour faire son apparition dans l’agenda politique. Dans un chapitre
spécifique, la toute récente loi pour un Accès au logement et à l’urbanisme
rénové (ALUR) votée le 20 février 2014 institue ainsi l’existence de nouvelles
filières de production de l’habitat – l’autopromotion et la coopérative
d’habitants – dont l’objet est de proposer des alternatives à la promotion
immobilière privée ou sociale classique, en accordant une place importante à la
participation (Devaux, 2015). S’il est prématuré d’avancer que « l’habitat
participatif » est aujourd’hui pleinement entré dans le registre de l’action
publique, on peut néanmoins faire l’hypothèse, au vu de cette trajectoire, qu’il
a parcouru un chemin vers une reconnaissance d’ordre institutionnelle.
Pour autant, le nombre de
réalisations effectivement produites s’avère encore très faible, avoisinant la
vingtaine d’opérations. Les mobilisations en faveur de « l’habitat participatif
» apparaissent ainsi fortement relayées dans la sphère politique sans s’appuyer
sur un solide mouvement de constructions sur le terrain. C’est sur la
contradiction entre la reconnaissance politique accordée à cet objet et sa
faible consistance pratique que cet article voudrait se pencher, en interrogeant
plus avant la dynamique sociale qui en est à l’origine. En matière d’habitat
comme pour d’autres sujets, la tendance à l’institutionnalisation de pratiques
alternatives n’a rien, en soi, d’étonnant et constitue un processus observé de
longue date par la littérature (Desroche, 1983). Dans les pays européens, dits
pionniers, où des projets similaires se sont le plus tôt développés, on observe
aussi, aujourd’hui, une dynamique d’institutionnalisation. Mais celle-ci se
produit dans un second temps, après une première phase de développement et
d’extension de ces expériences, qui fournit en somme la preuve de leur
bien-fondé pour le bien commun (Vestbro, 2008 ; Ache et Fedrowitz, 2012). La
logique est celle d’un processus ascendant fortement ancré sur le terrain qui
trouve progressivement un écho dans la sphère politique en raison de sa valeur
démonstrative pratique. Ce qui retient l’attention pour le cas de « l’habitat
participatif » français, c’est le caractère quasi hors sol de
l’institutionnalisation qui se traduit par le fait qu’elle se construit dans
l’univers du débat plus que dans celui de la pratique installée. La logique
apparaît ascendante et descendante à la fois dans la mesure où la légitimation
de l’objet s’engage dans la sphère publique avant même sa légitimation par la
pratique. Une collusion forte, sans doute inédite en Europe, s’est ainsi mise en
place entre militants et institutions, dont l’objet est ici de comprendre la
construction et le sens.
Nous faisons ici référence aux actuelles initiatives autogestionnaires telles
que le CLIP, inspiré (...)
Cette contribution se propose de
revenir sur les dynamiques et interactions qui ont conduit à ces proximités. Les
analyses porteront sur les raisons et motifs des différents acteurs engagés sous
la bannière « habitat participatif », sur les transactions, négociations et jeux
d’alliance qui ont abouti aux reformulations progressives de cette notion. Les
modalités de dialogue entre représentants des pouvoirs publics, collectivités
territoriales (qui se sont dotées d’un réseau national pour « l’habitat
participatif »), habitants et professionnels seront au cœur de l’étude. Dans la
perspective dessinée par les travaux récents sur l’action collective (Mathieu,
2010), le parti pris adopté est de rendre compte des dynamiques à l’œuvre dans
l’espace des mobilisations comme dans le système politique, d’aborder en somme
en situation la construction des relations entre ces différents acteurs. Du côté
des groupes mobilisés, il s’agit de voir comment ces derniers sont entrés en
dialogue avec les institutions et ont composé avec ces rapprochements, au risque
de conduire à des formes de domestication des mouvements sociaux et à une
coupure d’avec la partie la plus radicale1 (Sazama, 2000). Du côté des
institutions, il s’agit de mieux saisir comment et pour quels motifs elles ont
entretenu ces liens avec les groupes, et d’appréhender la nature des relations
engagées. Ont-elles simplement accédé, dans une position dominante, aux demandes
habitantes ou bien ont-elles joué un rôle plus actif voire proactif dans
l’émergence de cette thématique, au point de devenir elles-mêmes militantes ?
Nous avons aussi été présentes aux cinq ateliers « habitat participatif » de
concertation préalabl (...)
Les analyses sont tirées
d’observations réalisées dans différents lieux d’échange des acteurs de «
l’habitat participatif » et prennent appui sur des propos rapportés et documents
produits par ces organisations. Elles sont issues d’une relation que l’on
pourrait qualifier de proximité distante avec ces ensembles d’acteurs que nous
côtoyons depuis plusieurs années en tant que chercheuses – et non de militantes.
Cette position particulière, affichée et connue des acteurs en présence, nous a
placées en situation privilégiée d’observation, en contrepartie de quoi nous
avons aussi été sollicitées pour commenter les enjeux que nous pouvions
percevoir. Notre analyse s’appuie sur le suivi dans la durée des différentes
rencontres nationales, de 2009 jusqu’à celle de Marseille en juillet 2015, qui
constituent autant de scènes où se dévoilent les évolutions de ces milieux2.
Pour saisir le rapprochement entre militants et institutions, plusieurs niveaux
d’interactions sont à prendre en compte que ce soit en interne des groupes
mobilisés comme dans les relations que ces groupes construisent avec les
pouvoirs publics. Dans cette perspective, une attention particulière sera portée
aux effets de collusion entre ces deux espaces.
Bouillonnement, concurrences et alliances entre les
groupes mobilisés
Un premier processus se joue en
interne à l’espace des militants. Au début de la période, la forme et le contenu
des mobilisations tendent à s’unifier. Par effet de concurrence et de miroir,
les groupes en viennent à aligner leurs registres d’action et leurs stratégies
les uns sur les autres. Ce processus, qui produit des références communes, crée
les conditions d’un dialogue possible avec les pouvoirs publics.
Les premiers temps sont ceux du foisonnement d’initiatives et des
expérimentations. Ils sont aussi ceux des actions isolées et non coordonnées.
Les associations ou groupes d’habitants sont très disparates et fonctionnent
selon des degrés de structuration ou de professionnalisation variés. Les
spécificités de chacune de ces expériences, portées par des acteurs œuvrant au
niveau local, dépendent ainsi fortement des contextes territoriaux, politiques
et militants (Bresson et Tummers, 2014). Ces groupes ont cependant des manières
d’agir similaires, si bien qu’un certain nombre d’entre eux se connaît et se
reconnaissent, par exemple par les réseaux sociaux et internet qui constituent
un canal fort de diffusion et de publicisation des approches alternatives. Il y
a donc très tôt l’idée d’un espace plus ou moins commun de mobilisation fondé
sur la perception d’une parenté des pratiques et des références.
On y décèle plusieurs sphères de
militants, dont les caractéristiques diffèrent suivant leur génération et leur
origine géographique (D’Orazio, 2012). À l’ouest de la France, en Ile-de-France
et dans le nord, ces initiatives s’ancrent dans un terreau et une histoire
alternative déjà installée. Elles réactivent d’anciens réseaux constitués dans
les années 1970 et 1980 autour de « l’habitat groupé autogéré ». Les ménages
alors engagés étaient issus de couches moyennes souvent qualifiées «
d’aventuriers du quotidien » (Bidou, 1984). Ils ont fait édifier des ensembles
d’habitat, souvent en copropriété, où des locaux communs côtoient des
appartements privatifs (Bacqué et Vermeersch, 2007), avec l’idée d’inventer de
nouvelles manières de vivre autour des valeurs de solidarité, d’échange,
d’éducation ouverte et de convivialité. Ces approches sont aujourd’hui
réappropriées par de jeunes générations, elles-mêmes largement issues des
classes moyennes, même si leurs références directes sont plus actuelles. Selon
les cas, les références sont à rechercher du côté des réseaux de l’économie
sociale et solidaire, des causes écologiques et des courants altermondialistes
qui ont émergé à la fin des années 1990. Dans l’est de la France, les groupes
sont plus directement inspirés des expériences pionnières d’habitat partagé
menées en Europe du nord et en Allemagne – comme l’association Éco-Quartier
Strasbourg par exemple (fondée en 2001) – et défendent le principe d’une
autopromotion des constructions hors du champ des promoteurs classiques (Debarre
et Steinmetz, 2012). Dans la région Rhône Alpes enfin, et à Lyon en particulier,
les mobilisations sont portées principalement par l’association Habicoop
constituée fin 2005 à l’initiative d’élus écologistes, de militants
environnementalistes et altermondialistes, marqués par les expériences
coopératives suisses et québécoises. Elles concernent plus spécifiquement la
lutte contre la spéculation immobilière et défendent pour cela la création d’un
nouveau statut du logement, celui d’habitant coopérateur conjuguant propriété
collective et droit d’usage du logement.
Ces acteurs sont assez éloignés des associations sur les habitats légers (type
yourtes) et les squ (...)
En dépit des distinctions
idéologiques et des cadres de références propres, ces acteurs incarnent, chacun
à leur manière, des figures de militants pragmatiques n’hésitant pas à utiliser
les ressources qui sont à leur disposition pour défendre leurs idées (Franguiadakis
et al., 2005). Leur mobilisation privilégie à ce titre les améliorations
concrètes et le passage à l’action. Le meilleur exemple en est sans doute que,
pour ces groupes, les ressources sont moins à rechercher du côté de la
débrouille et du bricolage individuel que du côté du secteur public, dont le
soutien est considéré comme plus efficace. Dès le début, les associations qui
s’impliquent ne recherchent pas de connexions avec les initiatives les plus
radicales issues des mouvements squats ou des ultra-alternatifs3. À l’inverse
plusieurs d’entre elles se sont déjà rapprochées des pouvoirs publics locaux ;
il en est ainsi du groupe Écologis à Strasbourg qui a négocié l’obtention de son
foncier auprès de la communauté urbaine. Quant à l’association Habicoop, son
objectif stratégique de création d’un nouveau statut de coopérative d’habitants
l’a conduit dès le début à agir sur le terrain de l’action publique par la voie
du lobbying. L’approche de ces groupes présente ainsi un caractère multiple :
elle s’inscrit dans l’espace des alternatives tout en entretenant, très tôt, une
certaine proximité avec les institutions et le secteur classique de la
production immobilière dont les groupes se proposent d’aménager les règles
plutôt que de les transformer en profondeur. Du reste, plusieurs de ces acteurs
ont une double casquette, à la fois militante et institutionnelle, liée au fait
qu’ils occupent, pour certains, des postes dans des collectivités locales. Ils
n’hésitent pas à réinvestir leurs savoirs professionnels, notamment leur
capacité à comprendre l’environnement juridique et institutionnel, mais aussi le
langage et l’argumentaire des pouvoirs publics.
Les rencontres portées par Habicoop
ont eu lieu en 2006 (Lyon), 2007 (Toulouse) et 2008 (Bordeaux)
Cette articulation revendiquée
des sphères d’action militantes et institutionnelles constitue ainsi une donnée
commune forte, qui contribue au fait que les uns et les autres se reconnaissent
comme participant au même espace de mobilisation. Mais cette proximité se
traduit dans un premier temps par des formes de concurrences d’ordre
conflictuelles, et d’autant plus intenses que les groupes se multiplient. Les
tensions sont particulièrement vives, au milieu de la décennie 2000, entre
Habicoop et les héritiers du Mouvement de l’habitat groupé autogéré (MHGA) des
années 1970 qui sont alors les groupements les plus structurés. D’un côté,
Habicoop prend l’initiative d’organiser des rencontres nationales dites « des
coopératives d’habitants4 » et essaie de rassembler sous sa bannière. De
l’autre, les groupes qui s’inscrivent dans la filiation de l’ancien MHGA,
associés à des membres plus jeunes, se fédèrent pour constituer une nouvelle
association, Éco Habitat Groupé. Les tensions entre ces groupes portent bien sûr
sur le leadership et sur des conflits de légitimité autour des écarts de
génération, mais également sur des désaccords quant aux idées et montages à
défendre comme sur les priorités de l’action à mener. À ce titre, la question de
la propriété privée, et par extension de la spéculation qu’elle induit,
constitue un point de divergence important, entre ceux qui la combattent
explicitement et ceux qui l’acceptent pour des raisons pratiques.
Paradoxalement toutefois, la
concurrence a aussi pour conséquence, de poser les jalons d’un rapprochement
entre ces groupes et d’accroître leur puissance d’action. Elle conduit d’abord à
consolider les positions de chacun et à affirmer les identités et les
spécificités. Cette obligation de clarification des positionnements est aussi
une manière d’organiser le partage de l’espace et de réduire les zones de heurts
et de recouvrement possible. Ainsi le paysage se structure progressivement, dans
les représentations et les pratiques, en deux familles, celle de l’autopromotion
et celle des coopératives d’habitants, chacune proposant un rapport différent et
assumé à la propriété privée. Enfin ce jeu de rivalité et « d’adversité »
conduit une maximisation de la puissance d’action et multiplie l’effet
démonstratif de chacun. Chacun essaie de faire plus que les autres, pour
répondre à des enjeux de légitimation par rapport aux habitants qu’ils
représentent, mais aussi par rapport aux autres groupes mobilisés et aux acteurs
publics convoités. Les rencontres de Nantes en 2009, premières à réunir des
groupes de sensibilités différentes, témoignent bien de cette ambivalence autour
des effets de concurrence. Ces rencontres, qualifiées désormais de « rencontres
des coopératives d’habitants et de l’habitat groupé », sont le fruit d’un
rapprochement, esquissé quelques mois plus tôt entre Habicoop et l’association
Groupe de ressources territoriales Ouest, constituée dans la filiation des
démarches québecoises d’habitat coopératif et proche d’Éco Habitat Groupé. En
pratique elles sont le théâtre de tensions sans précédent, perceptibles dans le
ton des propos tenus. Mais l’entrée en scène de l’association strasbourgeoise
Écologis met un frein à ce processus faisant valoir la construction d’un
immeuble en autopromotion, premier du genre de cette nouvelle génération alors
que l’ensemble des autres protagonistes peinent à passer à l’acte. Cette
expérience aboutie fait figure d’exemple pour tous les groupes et est érigée en
modèle d’action à suivre. « Quand on est arrivé à Nantes [raconte un membre d’Écologis]
avec notre immeuble construit alors que les autres n’y arrivaient pas, ça a fait
un effet ! » Devant ce succès pratique, l’association Habicoop décide de «
passer au plan B », en collaborant à la production d’opérations sans attendre la
loi instituant le statut de coopérative d’habitants. Ces relations de
concurrence conduisent ainsi, par effet d’émulation et de miroir, à renforcer
l’homologie des manières de faire et des références (Mathieu, 2007), étalonnant
ainsi selon les « réussites » les modalités de mobilisations.
Politique de la « main tendue » et opportunités
Un autre processus va conduire à
cette collusion singulière entre militants et institutions. Il s’agit de la
politique de la « main tendue » des collectivités locales et notamment des élus
verts, arrivés en force dans les exécutifs locaux avec les municipales de 2008.
Ces élus offrent aux militants de « l’habitat participatif » l’opportunité d’une
alliance visant à démontrer leur capacité à faire de la politique autrement.
Les rencontres de Strasbourg en novembre 2010 constituent un moment clé de ce
processus. En raison du succès de l’opération d’Écologis, la décision est prise,
du côté des associations, d’organiser les prochaines rencontres nationales
annuelles à Strasbourg afin de rendre visibles et crédibles leurs initiatives,
aux yeux des décideurs politiques comme des médias. Une stratégie d’alliance se
met en place autour du vocable uni d’« habitat participatif » et d’un objectif
d’interpellation des pouvoirs publics (D’Orazio, 2012) qui, selon le modèle
Écologis, s’impose comme ligne directrice commune. Les modalités d’interaction
engagées avec les institutions reproduisent ainsi celles qui avaient été mises
en place par cette association. En pratique, ces rencontres sont organisées en
partenariat avec la ville de Strasbourg et se tiennent au Parlement européen
dans le prolongement d’un événement institutionnel d’ampleur, les « journées
européennes des éco-quartiers». En séance plénière, le président d’Ecologis
insiste sur l’importance de ce partenariat :
Le partenariat avec la Ville de Strasbourg [est] marqué par la volonté commune
de la Ville et de notre association de porter ensemble une rencontre croisant
regards de collectivités et regards de citoyens. […]
L’habitat participatif est à
l’image de ce partenariat vertueux : il demande que des citoyens et des
collectivités se rassemblent autour d’objectifs communs pour créer une ville
nouvelle, empreinte de solidarité sociale et de réponse concrète aux défis
environnementaux.
Cette expression renvoie à la proposition de loi portée par les députés verts
Noël Mamère, Yves Co (...)
13Du côté de la ville en effet, ce partenariat est fortement soutenu notamment
par les élus verts. Ceux-ci voient en l’habitat participatif l’opportunité
politique d’engager des programmes « innovants » et d’explorer les conditions de
production d’un dit « tiers-secteur de l’habitat5 », entre promotion immobilière
spéculative et logement social traditionnel. Pour ces élus nouvellement arrivés
au pouvoir, « l’habitat participatif » apparaît comme un moyen de renouveler les
cadres de production de la ville et les modalités de participation des habitants
à l’échelle de l’immeuble et du quartier, de favoriser les mixités sociales et
de garantir une production architecturale et environnementale ambitieuse – par
là même donner du corps et de la consistance à une politique urbaine « verte » à
construire. Le discours introductif de Philippe Bies, vice-président (Parti
Socialiste [PS]) à l’habitat de la communauté urbaine de Strasbourg traduit bien
le ton des échanges à venir et la stratégie de la main tendue proposée par les
collectivités locales :
J’espère que [c’est] le début de quelque chose. […] Si on veut pouvoir amplifier
[l’habitat participatif] […] il faut que les collectivités locales
s’investissent davantage. Au-delà de la réglementation, il faut que l’on crée un
groupe de pression qui soit organisé pour faire évoluer la réglementation à la
fois du droit des sols et de la manière dont le foncier est traité aujourd’hui.
Sont présents : les communes de
Besançon, Lille, Montreuil, Nanterre, Paris, Saint-Denis, Saulx-le (...)
L’argumentaire tout comme le
registre sémantique empruntent ici aux pratiques militantes. Les élus impliqués
s’emparent de « l’habitat participatif » et en font un cheval de bataille
politique. Ces mots sont reçus avec enthousiasme par les 400 participants des
rencontres – principalement des militants – et vont constituer la feuille de
route des quelques représentants des collectivités alors présents. Sitôt après
ce discours, à l’initiative des élus strasbourgeois, s’organise un premier
échange informel entre élus et techniciens des collectivités sur ce sujet, en
particulier pour évoquer les sollicitations associatives et citoyennes
auxquelles chacun doit faire face depuis quelques mois. Au terme de cet échange
qui regroupe neuf élus et onze techniciens6, la décision est prise de constituer
un réseau national des collectivités locales – avant même donc que les
associations elles-mêmes ne se soient officiellement alliées.
Ainsi les collectivités locales
s’organisent et se mobilisent très rapidement, au point même de devancer les
capacités d’alliance des militants et d’inciter en retour ces derniers à se
structurer. Elles en viennent à imposer aux associations le rythme de leur
organisation et leurs modalités d’action. Les associations se montrent
intéressées, mais évoquent leur difficulté à suivre la dynamique en termes de
structuration et d’organisation :
Les associations [rapporte le président d’Écoquartier Strasbourg] ont eu un
débat qui n’est pas forcément évident. […] La structuration nationale est autant
un désir mais autant quelque chose qui n’est pas tout à fait mûr […] Et pourtant
le besoin d’un échelon au niveau national mais également au niveau local, la
possibilité d’avoir des passerelles avec les collectivités, de faire face à des
échecs importants, de gagner en visibilité est très important. […] Ce n’est pas
aujourd’hui que l’on arrivera à donner un message unique et clair.
Le rapprochement des associations reste encore fragile de l’aveu même des
militants, de même que leur capacité à se représenter comme des acteurs
légitimes. Face à cela, les collectivités, représentées par Alain Jund – élu à
l’urbanisme et grand organisateur de cette rencontre – s’engagent déjà sur le
terrain technique d’une possible utilisation de « l’habitat participatif » comme
outil d’action publique :
Le Plan local d’urbanisme (PLU) est le principal document d’urbanisme de
planification au niveau c (...)
Pour notre part, en tant que collectivité, […] la question de l’habitat
participatif, nous souhaitons en faire une politique publique […] Nous avons
besoin d’avoir […] des réponses technico-politico-administratives [sur la
manière avec laquelle] cette question peut être intégrée dans un PLH, […] la
manière dont un PLU peut prendre en compte ou doit prendre en compte l’habitat
participatif7.
Collectivités principalement membres de l’association des « Grandes villes de
France ».
Ainsi les collectivités prennent
le pas sur la structuration en cours des échanges et placent les militants en
situation de répondre à leurs attentes. La pratique de ces élus en vient à
s’apparenter à celle de groupes d’intérêts ou « entrepreneurs de cause »
(Becker, 1963) en interagissant activement dans le processus de construction
publique puis politique de « l’habitat participatif ». Cette configuration
inversée n’est toutefois pas ressentie comme une agression et les représentants
associatifs saluent cette volonté : « Je pense qu’on boit tous du petit-lait en
parlant de politique publique et de co-construction d’une politique publique »,
dit un des participants engagé dans les réseaux associatifs de
Provence-Alpes-Côte d’Azur (PACA). Pour les associations les plus structurées,
les incitations des collectivités apparaissent comme une opportunité à saisir
permettant, enfin, d’envisager une montée en puissance de leurs revendications.
À la suite des rencontres de Strasbourg, les collectivités poursuivent la
structuration de leur réseau par la tenue de rencontres trimestrielles qui
aboutissent, en 2011, à la signature d’une Charte d’orientation pour l’habitat
participatif. Très vite le réseau s’organise dans un co-portage entre élus et
techniciens territoriaux ; les villes de Strasbourg et de Montreuil prennent la
tête de ce nouvel espace. Les élus verts apparaissent comme moteur de cette
dynamique se prévalant non seulement de leur proximité avec les représentants
associatifs et la société civile, mais aussi de leurs orientations politiques
centrées sur les processus dits de co-construction de l’action publique. En
parallèle des discussions politiques, les techniciens travaillent à l’ouverture
du réseau à d’autres composantes politiques. À ce jour, une cinquantaine de
collectivités8 a pris part aux activités du réseau.
La mobilisation des élus et des
techniciens issus des rangs écologistes s’exprime très directement dans la
stratégie d’interpellation des plus hautes sphères de l’État. Les élus
écologistes sollicitent, à l’été 2012, la toute nouvelle ministre du Logement,
Cécile Duflot, pour demander une reconnaissance officielle de « l’habitat
participatif ». Une délégation d’élus composée d’Alain Jund (élu Europe Écologie
Les Verts [EELV] de Strasbourg), porte-parole du réseau, Monique Vuaillat (élue
PS de Grenoble), Daniel Mosmant (élu EELV de Montreuil) et Emmanuelle Cosse
(élue EELV et vice-présidente à la région Ile-de-France) est reçue par Jacques
Archimbault, directeur adjoint du cabinet de la ministre. Les élus EELV sont en
terrain connu puisque leur hôte est secrétaire national adjoint du parti et a
longtemps été l’éminence grise de Dominique Voynet. Ils apparaissent alors
d’autant plus puissants que la recomposition des écologistes français et la
stratégie d’ouverture à « l’écologie associative et mouvementiste » assurent
depuis juin 2009 des scores inédits à EELV (Serne, 2014). L’accueil de la
ministre se révèle positif pour l’habitat participatif. Avec le Réseau national
des collectivités, Cécile Duflot lance une série d’ateliers destinés à inscrire
l’habitat participatif dans la nouvelle loi-cadre sur le logement. L’annonce de
cette initiative est rendue publique lors des rencontres nationales de Grenoble
de novembre 2012 où plus de 600 participants écoutent bouche bée le message
vidéo que leur adresse la ministre.
Anne D’Orazio, co-auteure du présent article, et Camille Devaux, alors
doctorante au Lab’Urba.
La stratégie de la courte échelle entre associations et élus devient payante,
ouvrant ainsi les portes d’une réforme législative revendiquée depuis 2006. Les
ateliers ministériels, de novembre 2012 à mars 2013, regroupent de manière
inédite autour d’une même table représentants des associations d’habitants,
professionnels, collectivités locales, l’Union sociale pour l’habitat (USH),
institutions bancaires et assureurs, sous le regard de deux chercheuses9. Ces
séances sont co-présidées par la ministre et le porte-parole des collectivités
locales avec l’appui technique de l’administration centrale de la Direction de
l’habitat, de l’urbanisme et des paysages (DHUP). Les associations d’habitants
mobilisent la coordination informelle des rencontres nationales pour assurer
leur représentation alors que les autres participants, dont le réseau des
professionnels, font valoir l’existence de structures plus formalisées. Au terme
de plusieurs mois d’échanges et de travail, « l’habitat participatif » fait son
entrée dans le projet de loi avec un article consacrant le statut de « société
de coopérative d’habitant » et de « société d’autopromotion ». L’insertion dans
le projet de loi est vécue comme une victoire pour les parties prenantes actives
du processus de Strasbourg et apparaît comme un point d’orgue dans cette
institutionnalisation considérée par chacun comme positive. Sur un plan plus
politique, elle est également vécue comme un succès pour le personnel d’EELV qui
y voit la démonstration de sa capacité à peser dans la transformation des
politiques publiques nationales et ainsi à faire taire les jugements
d’amateurisme et d’utopie (Serne, 2014). Elle témoigne de la « consolidation à
un niveau inédit d’une offre politique différente, d’un certain état d’esprit,
d’un autre style » comme l’indiquait quelque temps plus tôt Jacques Archimbault
au premier congrès fédéral d’EELV à La Rochelle, le 4 juin 2011.
Effets collatéraux de ces rapprochements
Ainsi, l’obtention de la reconnaissance législative est issue d’un processus
bilatéral d’ajustement progressif entre les intérêts et représentations des
associatifs d’un côté, et des élus et institutionnels de l’autre. Mais ce
travail d’ajustement, s’il s’avère nécessaire pour rendre possible le dialogue,
n’est pas sans effets sur la structuration des acteurs et sur des risques
d’éloignement de la base militante (Le Naour, 2005).
Conséquences de ces ajustements, certaines pratiques des militants se révèlent
contraintes par les normes et codes de l’action publique. Le cas le plus
emblématique de cette « mise en ordre » des pratiques s’observe au travers des «
effets de cadrages » (Talpin, 2011) qui s’opèrent à l’occasion des négociations
sur la dimension concrète des opérations et plus spécifiquement sur
l’attribution du foncier. Les conditions et les modalités d’accès à des
parcelles constructibles relèvent, pour tout opérateur immobilier, d’un
véritable parcours du combattant où s’exercent des formes très affirmées de
pouvoir économique et institutionnel. Mais, dans cette jungle opérationnelle,
les prétendants à l’habitat participatif apparaissent peu armés pour faire face
à des pratiques professionnelles fortement concurrentielles. Quand ils
interpellent les acteurs publics locaux, ils doivent d’abord construire un
discours de légitimation leur permettant de requérir l’appui de la collectivité.
Inversement, pour recevoir positivement cette demande, la collectivité locale
développe un discours sur « l’utilité sociale » de la démarche habitante
(D’Orazio, 2014). Mais cette procédure initiale d’évaluation de la conformité
des intérêts ne suffit pas et, dans nombre de cas, la collectivité locale
organise une seconde procédure de « cadrage » où elle demande aux collectifs
habitants de répondre à un appel d’offres d’opération. Ainsi, cette pratique
observée à Strasbourg, Lille, Toulouse, Paris ou encore Brest prend-elle la main
sur le processus et renverse l’ordre d’interpellation : ce n’est plus le
collectif habitant qui initie et formule la demande, c’est la collectivité qui
fait connaître son besoin et met en concurrence les offres. Cette opération
renvoie à des cadres stricts, même si souvent implicites, et impose aux
postulants les règles du jeu allant jusqu’à exercer des formes de domination par
la norme (Carriou, 2015). Elle conduit à des formes d’épuisement de la
rhétorique collaborative.
Ce cadrage procédural s’accompagne aussi d’une mise en conformité statutaire, où
les acteurs publics font valoir l’importance d’une représentation conforme des
militants par la constitution de structures associatives légales et la
désignation de représentants capables de maîtriser la complexité des échanges.
En pratique, un processus de sélection s’opère qui fait émerger des
interlocuteurs qui maîtrisent déjà les codes et les pratiques du monde
institutionnel, éliminant ainsi les moins conformes à la norme dominante. Les
relations d’ordre partenarial avec les institutions leur font ainsi accepter une
forme de docilité attentiste, où l’initiative militante est contrainte par la
pratique des acteurs publics, son cadre opérationnel et son modèle
organisationnel. A contrario, les acteurs institutionnels voient dans ces
initiatives des formes de modernisations de la gouvernance (Lafaye, 2001) et de
renouvellement des cadres de l’action publique.
Ces ajustements ne sont pas toujours bien acceptés au sein de l’espace des
militants, et notamment de ceux qui sont les plus éloignés des sphères de
négociation. Aussi apparaissent aux rencontres nationales de Grenoble de
novembre 2012 l’expression de mécontentements manifestes lors des échanges. Des
grondements et huées se sont fait entendre çà et là, du fond de l’amphithéâtre,
notamment en réaction aux contraintes imposées par les collectivités
territoriales à l’occasion de la présentation des appels d’offres. Certains des
membres de la « coordin’action » nous ont même explicitement exprimé leur
crainte d’un éloignement des membres les plus engagés.
On peut s’interroger aussi sur les limites de l’alliance entre militants et
élus. D’après le réseau des professionnels, depuis le départ de Cécile Duflot du
ministère, la tendance est plutôt au « détricotage et [à la] remise en cause de
la loi ALUR ». « Le coup est parti mais n’a pas encore atteint sa cible »
entend-on aussi dans les réseaux militants. Un an après le vote de la loi,
celle-ci est encore peu opératoire, les décrets d’application n’étant pas encore
sortis. Par ailleurs, les négociations n’ont pas encore permis d’engager
fermement dans la dynamique les acteurs clés du monde du logement que sont les
financeurs, qui auraient pu relayer les nouveaux dispositifs législatifs et les
faire vivre – hors du soutien des élus verts.
En effet, la Caisse des dépôts et consignations, de même que l’Union sociale
pour l’habitat, n’a été jusqu’alors que peu impliquée – même si les rencontres
nationales de Marseille de juillet 2015 laissent supposer un intérêt neuf des
opérateurs sociaux pour « l’habitat participatif ». À tout le moins, la question
se pose de la pérennité de l’alliance nouée entre militants et institutions dès
lors qu’elle n’est plus soutenue par une stratégie active de coalition engagée
par ses parties prenantes.
Certes, le Crédit coopératif et la Fédération nationale des coopératives HLM
ont, sous l’égide de la députée socialiste Marie-Noëlle Lienemann, initié auprès
d’un certain nombre d’associations de militants, une démarche dite « collective
d’innovation » (DCI) pour assurer le « service après vente » de la loi. De
janvier 2013 à janvier 2015, plusieurs ateliers d’échange ont ainsi permis de
lister, comprendre et apporter des réponses aux difficultés rencontrées sur le
terrain par nombre de groupes d’habitants. Mais cet espace, s’il a rendu
possible l’échange sur les pratiques et savoir-faire des uns et des autres, n’a
pas prolongé au niveau politique la dynamique engagée par le ministère.
Cet épisode, perçu souvent comme un « échec » par les militants, est plutôt à
lire selon nous comme l’exemple d’une convergence d’intérêts qui n’est pas
parvenue à se reproduire entre militants et institutions, dans un contexte où
les conditions du dialogue ne sont plus tout à fait celles de Strasbourg.
Cette analyse s’inscrit dans la continuité des travaux qui montrent les
porosités entre militantisme, mobilisation et institutionnalisation (Politix,
2005 : 3-6) et conduisent à nuancer la conception statique de ces notions. Ainsi
les rapports entre militants de « l’habitat participatif » et système politique
apparaissent à ce jour encore très fluctuants, variant au gré de la conjoncture
et de la rencontre des intérêts des parties prenantes. Ces fluctuations
témoignent à tout le moins de la « faible » institutionnalisation de cet objet,
qui n’a pas encore produit de dispositifs publics suffisamment stables pour se
soustraire à ces variations et s’imposer au-delà de l’effet d’opportunité créé
par la « parenthèse verte ». Le processus d’institutionnalisation est alors à
comprendre comme le produit d’une coalition entre deux parties, associées
conjoncturellement par des intérêts croisés. L’analyse révèle un double
mouvement dans la construction de cette alliance.
Le premier se joue à l’intérieur de l’espace des militants selon des modalités
qui prédisposent au dialogue avec les institutions, le second se joue du côté de
l’espace politique. La pratique des acteurs publics s’apparente ici à celle de
groupes d’intérêts, ayant pris part, au même titre que les militants, dans le
jeu des « entrepreneurs de cause » qui interagissent dans la construction d’un
problème public puis politique. « L’habitat participatif » apparaît alors comme
le produit de jeux croisés de légitimation et d’instrumentalisation de chacune
des parties prenantes, ce qui permet aussi de comprendre la disjonction relevée
entre son poids politique et sa faible consistance pratique.
Au-delà, ces expériences posent la question du destin français des
revendications alternatives ; beaucoup voient dans l’accès à la reconnaissance
publique un passage obligé voire un horizon à atteindre. Cet adossement à
l’action publique, s’il participe d’une tactique « d’ensauvagement » (Neveu,
2011) du côté des militants, est tout autant un révélateur de la capacité de
l’appareil institutionnel à s’approprier des revendications nouvelles et ainsi à
régénérer les cadres de son action. Toutefois, dans le cas de l’habitat
participatif cette construction d’un nouveau possible est le fruit d’une
conjoncture favorable et de l’existence de « passeurs » entre l’espace des
militants et l’espace du politique et de l’institution. Cette conjonction ne
doit pas être sous-évaluée dans l’analyse de la pérennisation du processus et de
sa reproduction.
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Notes
1 Nous faisons ici référence aux actuelles initiatives autogestionnaires telles
que le CLIP, inspiré du Miethäuser Syndikat. Le principe repose sur une
fédération de projets autonome qui œuvrent pour l’appropriation collective du
patrimoine bâti autour de la propriété d’usage d’un bien vue comme «
l’institution d’une garantie en dehors de l’économie marchande. […] La
perspective dans laquelle nous situons cette propriété d’usage n’est donc pas la
restauration du lien social sur une base marchande inchangée. Il s’agit
justement d’éviter la marchandisation des choses en proposant de nouvelles
formes de détachement et d’attachement. » (« Le CLIP ? C’est quoi ? »,
http://clip.ouvaton.org/blog/index.php?category/LE-CLIP-C-EST-QUOI, consulté le
24 novembre 2015).
2 Nous avons aussi été présentes aux cinq ateliers « habitat participatif » de
concertation préalable à la rédaction de la loi ALUR. Enfin nous avons assisté
aux ateliers du « dispositif de concertation innovation » (DCI) mis en place par
la Fédération des coopératives HLM et le Crédit coopératif de janvier 2013 à
janvier 2015 pour accompagner la mise en place de la loi.
3 Ces acteurs sont assez éloignés des associations sur les habitats légers
(type yourtes) et les squats, ou encore de l’association pour le droit au
logement (DAL). Les reconnaissances législatives de l’habitat participatif et de
l’habitat léger ont d’ailleurs été traitées séparément. Cette distinction marque
une rupture avec la précédente tentative parlementaire issue de la proposition
de loi « Pour un tiers secteur de l’habitat participatif, diversifié et
écologique », du 21 octobre 2009, qui amalgamait les différentes postures et
revendications.
4 Les rencontres portées par Habicoop ont eu lieu en 2006 (Lyon), 2007
(Toulouse) et 2008 (Bordeaux).
5 Cette expression renvoie à la proposition de loi portée par les députés verts
Noël Mamère, Yves Cochet et François de Rugy, Pour un tiers secteur de l’habitat
participatif, diversifié et écologique (21 octobre 2009).
6 Sont présents : les communes de Besançon, Lille, Montreuil, Nanterre, Paris,
Saint-Denis, Saulx-les-Chartreux, Strasbourg, Toulouse, Vandoeuvre-les-Nancy, la
communauté urbaine d’Arras et le conseil général de Meurthe et Moselle.
7 Le Plan local d’urbanisme (PLU) est le principal document d’urbanisme de
planification au niveau communal ou intercommunal. Il remplace le Plan
d’occupation des sols (POS) depuis la loi relative à la Solidarité et au
renouvellement urbain – dite loi SRU – du 13 décembre 2000.
Le Programme local de l’habitat (PLH) est le principal dispositif en matière de
politique du logement et de l’habitat au niveau local. Il est un outil
d’observation, de définition et de programmation des investissements à l’échelle
des collectivités locales (commune ou EPCI) compétentes. Ce programme, pour être
opérationnel, doit avoir obtenu la validation des services de l’État. Il est un
des éléments socle de la contractualisation entre l’État et l’échelon local
concernant la délégation de la compétence « Habitat ».
8 Collectivités principalement membres de l’association des « Grandes villes de
France ».
9 Anne D’Orazio, co-auteure du présent article, et Camille Devaux, alors
doctorante au Lab’Urba.
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Pour citer cet article
Référence papier
Claire Carriou et Anne D’Orazio, « « L’habitat participatif », quand les
institutions militent », Socio-anthropologie, 32 | 2015, 139-154.
Référence électronique
Claire Carriou et Anne D’Orazio, « « L’habitat participatif », quand les
institutions militent », Socio-anthropologie [En ligne], 32 | 2015, mis en ligne
le 02 novembre 2016, consulté le 20 décembre 2025. URL :
http://journals.openedition.org/socio-anthropologie/1939 ; DOI : https://doi.org/10.4000/socio-anthropologie.1939
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Claire Carriou est maître de conférences en aménagement et urbanisme à
l’université Paris Ouest Nanterre La Défense et chercheuse au Laboratoire
Mosaïques (LAVUE UMR 7218).
Ses travaux portent principalement sur la question du logement et ses
recompositions successives ainsi que sur les doctrines urbanistiques. Plus
récemment, au travers d’un travail au long cours d’observation d’une opération
participative d’accession sociale à la propriété, « Le Grand Portail » à
Nanterre, elle s’est intéressée aux dynamiques qui se construisent autour de
l’habitat participatif.
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